LAGUILLER ARLETTE (1940- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Née le 18 mars 1940 à Paris dans une famille ouvrière, Arlette Laguiller incarne la tradition de lutte du mouvement ouvrier. Son parcours individuel comme ses prises de position aussi radicales qu'immuables en font une figure atypique du monde politique français.

Contrairement à la plupart des dirigeants politiques, elle n'est guère diplômée. Elle n'a qu'un B.E.P.C. en poche lorsqu'elle commence à travailler à l'âge de seize ans comme mécanographe dans une agence du Crédit lyonnais. Elle est aussi de loin la moins fortunée : en 2007, elle ne déclarait pas plus de 12 000 euros de patrimoine – contre 1,4 million pour Jean-Marie Le Pen par exemple. Enfin, elle est aussi l'une des rares à ne pas tirer de son activité politique son principal revenu, puisque, après avoir été mutée au siège central du Crédit lyonnais en 1963, elle y est restée employée jusqu'à sa retraite en 2000.

Malgré tout, la porte-parole des « travailleurs et travailleuses » est une véritable professionnelle de la politique. Elle entre en politique à vingt ans avec la guerre d'Algérie, à laquelle elle s'oppose au sein du P.S.U. puis de l'organisation trotskiste Voix ouvrière. Simultanément, elle forge ses premières armes de militante syndicale à la C.G.T. d'où elle est exclue au bout de trois ans, en 1965. Elle adhère alors à Force ouvrière, dont elle devient une déléguée syndicale. Et lorsque Voix ouvrière est dissoute par décret du président de la République en mai 1968, elle participe à la fondation de Lutte ouvrière (L.O.) dont elle devient tout de suite membre du bureau politique.

Mais ce n'est pas tant comme militante politique et syndicale que comme vitrine d'une organisation (L.O.) dont le goût pour le secret lui vaut d'être régulièrement qualifiée de sectaire qu'Arlette Laguiller devient paradoxalement populaire. En 1974, L.O. en fait effectivement la première femme candidate à l'élection présidentielle. Elle n'en est pas à sa première campagne pour autant puisqu'elle a été candidate aux élections municipales à Paris en 1971 et aux élections législatives en 1973. Mais c'est avec le scrutin présidentiel, malgré ses faibles scores au premier tour (2,33 p. 100 des suffrages exprimés en 1974, 2,3 p. 100 en 1981, 2 p. 100 en 1988...), qu'« Arlette » se forge un prénom en politique. C'est que ses résultats ne l'ont jamais découragée. Elle détient même le record du nombre de candidatures dans la course à l'Élysée, avec six engagements. Elle finira d'ailleurs par être récompensée de sa persévérance à partir de 1995 : avec 5,30 p. 100 des suffrages exprimés, elle double son score à l'élection présidentielle cette année-là et réussit par ailleurs à se faire élire au conseil municipal des Lilas. En 1998, elle devient conseillère régionale d'Île-de-France, mandat qu'elle cumule un an plus tard avec celui de députée européenne jusqu'en 2004. Entre-temps, en 2002, elle améliore encore un peu ses résultats au premier tour de l'élection présidentielle. Avec 5,72 p. 100 des suffrages exprimés, elle obtient même le cinquième meilleur résultat sur les seize candidats.

Peu importe à vrai dire pour la militante de L.O. : si elle ne s'est jamais découragée, c'est qu'elle n'a aucunement l'ambition d'exercer le pouvoir et se sert avant tout du scrutin présidentiel comme d'une tribune pour défendre la cause ouvrière. Son discours, invariablement centré sur le quotidien des travailleurs et l'injustice sociale, est à cet égard resté le même depuis ses débuts en politique : interdiction des licenciements collectifs, interdiction aux entreprises qui font des profits de délocaliser, S.M.I.C. à 1 500 euros net et augmentation des bas salaires, construction de logements, collectivisation des moyens de production, des banques et des assurances, telles sont les principales mesures que la candidate L.O. propose à chaque fois et notamment dans son livre Mon Communisme (Plon, 2002) pour lutter contre le chômage et améliorer les conditions de travail.

Cette opiniâtreté se double d'une posture intransigeante. Rejetant tout réformisme, qu'elle considère comme une compromission avec le capitalisme, elle pratique en effet « la politique du tout ou rien ». En 1988, en 1995 et même en 2002 face à Jean-Marie Le Pen, elle ne donne ainsi aucune consigne de vote pour le second tour de l'élection présidentielle. De même, [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : docteur en science politique, maître de conférences en science politique à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

Classification

Autres références

«  LAGUILLER ARLETTE (1940- )  » est également traité dans :

CINQUIÈME RÉPUBLIQUE - Les années Chirac (1995-2007)

  • Écrit par 
  • Pierre BRÉCHON
  •  • 9 267 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre « La victoire de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle de 2007 »  : […] À l'automne de 2006, au moment où s'intensifie la pré-campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy apparaît comme la seule personnalité de droite pouvant faire gagner son camp et Ségolène Royal comme la seule pouvant à gauche le concurrencer. Après une campagne interne très active et médiatisée, elle est choisie comme candidate en novembre par 60,6 p. 100 des adhérents, Dominique Strauss-Kahn devant […] Lire la suite

FRANCE - L'année politique 2006

  • Écrit par 
  • Nicolas TENZER
  •  • 2 947 mots

Dans le chapitre « La victoire de Ségolène Royal au péril des divisions »  : […] La désignation par les militants du Parti socialiste de Ségolène Royal comme candidate à la présidentielle, dès le premier tour de scrutin interne, le 16 novembre, et avec 60,70 p. 100 des voix (contre 20,57 p. 100 à Dominique Strauss-Kahn et 18,73 p. 100 à Laurent Fabius), a renforcé l'image du P.S., mais n'a pas pour autant dissipé les incertitudes. D'un côté, en effet, la procédure transparen […] Lire la suite

Les derniers événements

5-23 avril 2012 France. Premier tour de l'élection présidentielle

100 par rapport au score d'Arlette Laguiller); Jacques Cheminade (Solidarité et progrès), 0,25 p. 100. Le taux de participation est de 79,48 p. 100. Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly appellent aussitôt leurs électeurs à se reporter sur le candidat de gauche au second tour. Le 23, Nicolas Sarkozy annonce sa volonté d'organiser, le 1er mai, à Paris, « la fête du vrai travail ». […] Lire la suite

22-28 avril 2007 France. Nicolas Sarkozy en tête au premier tour de l'élection présidentielle

100 par rapport à Noël Mamère); Arlette Laguiller, de Lutte ouvrière, 1,33 p. 100 (— 4,39 p. 100 par rapport à elle-même); Gérard Schivardi, du Parti des travailleurs, 0,34 p. 100 (— 0,13 p. 100 par rapport à Daniel Gluckstein); quant au candidat altermondialiste, José Bové, il n'obtient que 1,32 p. 100 des voix. À droite, les scores des petits candidats sont également en baisse: Philippe de Villiers, du Mouvement pour la France, obtient 2,23 p. […] Lire la suite

22-31 janvier 2007 France. Retrait de la candidature de Nicolas Hulot à l'élection présidentielle

Le 31, la plupart des principaux candidats signent le Pacte écologique – à l'exception de Jean-Marie Le Pen, Philippe de Villiers, Arlette Laguiller et Olivier Besancenot. L'écologie est l'un des thèmes de la campagne électorale.  […] Lire la suite

2 novembre 2003 France. Nouvelle ligne pour la Ligue communiste révolutionnaire

100 des suffrages, un accord électoral avec Lutte ouvrière, la formation d'Arlette Laguiller, en vue des élections régionales et européennes de 2004. Dans le cadre de cet accord, les deux organisations indiquent qu'elles ne donneront pas de consigne de vote au second tour des régionales, sauf en cas de risque de victoire du Front national. La L.C.R. […] Lire la suite

4-26 avril 2002 France. La gauche éliminée du second tour de l'élection présidentielle

), Arlette Laguiller (L.O.), Lionel Jospin (P.S.), Corinne Lepage (Cap 21), Jean-Marie Le Pen (F.N.), Alain Madelin (D.L.), Noël Mamère (Les Verts), Bruno Mégret (M.N.R.), Jean Saint-Josse (C.P.N.T.) et Christiane Taubira (P.R.G.). Charles Pasqua (R.P.F.) et Nicolas Miguet (Rassemblement des contribuables français) ne sont pas parvenus à réunir 500 parrainages d'élus. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Delphine DULONG, « LAGUILLER ARLETTE (1940- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/arlette-laguiller/