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ARCHIVAGE NUMÉRIQUE

Des points de vue multiples pour une problématique unique

Il n'est pas inutile de tenter de classer les archives numériques en grandes catégories afin d'en illustrer la diversité. On peut ainsi distinguer :

– Les archives patrimoniales, qui sont gérées par des institutions publiques, archives et bibliothèques nationales, mais aussi par des associations, des fondations, parfois par des entreprises privées. Elles répondent à la fois à un besoin de préservation de documents pour les besoins de l'État et à une préoccupation mémorielle et historique essentielle. Ces institutions sont très actives dans le développement et la mise en œuvre de systèmes de préservation numérique. En France, l'Institut national de l'audiovisuel (INA) a mis en place dès 1999 un plan de sauvegarde et de numérisation pour faire face au vieillissement des supports mais aussi à la disparition progressive des équipements permettant la lecture des données. Selon l'INA, si rien n'avait été fait, 835 000 heures d'archives auraient disparu d'ici à 2015, soit près d'un tiers de ses archives audiovisuelles. De son côté, la Bibliothèque nationale de France (BNF) a mis en service le système SPAR (Système de préservation et d'archivage réparti) afin d'assurer la pérennisation des collections numériques du dépôt légal.

– Les archives opérationnelles, pour lesquelles il est essentiel de disposer de preuves légales de l'intégrité et de l'authenticité des documents. Elles doivent permettre de faire face aux contentieux potentiels, et les documents doivent être disponibles. Ces archives prennent place au sein du système d'information de l'entreprise. Chaque acteur peut disposer en permanence de l'ensemble des informations dont il a besoin. Le domaine financier, celui de la santé, de la défense sont particulièrement concernés.

– Les archives scientifiques et techniques sont caractérisées par une volumétrie considérable et par la grande complexité de l'information à conserver. Elles concernent les agences spatiales, les centres de recherche et les industries à haute technicité. Le National Space Science Data Center à la NASA, ou l'European Space Astronomy Centre en Europe sont des exemples. Le CNES a mis en place dès 1994 un service chargé de la conservation pérenne des fichiers. Ce service sert de base arrière « logistique » aux différentes archives dédiées à telle ou telle thématique scientifique. Les autres disciplines scientifiques, de la physique nucléaire aux sciences humaines, ne sont pas en reste et les initiatives en matière d'archivage numérique se multiplient.

– Les archives personnelles. C'est au moment du passage rapide de la photographie argentique à la photographie numérique que tout a basculé de ce point de vue. Les particuliers se sont trouvés brusquement en possession de multiples images numériques à conserver. Depuis lors, le mouvement s'est accéléré avec la vidéo numérique mais aussi avec des factures, des relevés bancaires, des contacts administratifs, etc., sous forme numérique. Force est de constater que le patrimoine numérique des particuliers se trouve le plus souvent sous une forme désorganisée et vulnérable. La conscience des risques de perte demeure faible et les précautions à prendre mal connues.

Il n'y a apparemment pas grand-chose de commun entre l'archivage des images d'observation de la Terre par satellite et la conservation des photos de famille d'un particulier, ou encore entre la préservation de la représentation numérisée d'un parchemin du Moyen Âge par la BNF et la conservation légale de centaines de millions de relevés d'opérations par une banque. Cependant, même si les documents concernés sont très différents, ils sont confrontés aux mêmes problèmes. La démarche de leur conservation répond à une même logique définie[...]

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Écrit par

  • : consultant indépendant, expert en archivage numérique auprès de la Commission européenne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ARCHIVES

    • Écrit par Françoise HILDESHEIMER
    • 6 709 mots
    La révolution numérique constitue, pour le monde de la conservation, un défi à la fois technologique et conceptuel. En effet, l'objectivité matérielle du document traditionnel, écrit ou imprimé, est assurée et ne pose aucun problème quant à son identification, une fois soumis à l'expertise classique de...
  • HUMANITÉS NUMÉRIQUES

    • Écrit par Thierry POIBEAU
    • 5 371 mots
    • 2 médias
    On peut par exemple citer le projet Time Machine. Lancé en 2012, le projet initial, Venice Time Machine, est né d’une collaboration entre les Archives de la ville de Venise et l’EPFL (École polytechnique fédérale de Lausanne). Venise est une cité au passé incroyablement riche, avec d’immenses archives...

Voir aussi