SEGHERS ANNA (1900-1983)

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Au printemps de 1947, Anna Seghers quitte le Mexique où elle résidait en exil avec sa famille depuis 1941 pour un Berlin en ruines, dans une Allemagne vaincue. Un certain « principe espérance » motive sa décision : elle croit fermement que l'histoire, surtout celle de son pays, va définitivement prendre un cours nouveau et que son destin d'écrivain pourra s'épanouir au service de cette Allemagne nouvelle. L'État nazi est certes vaincu, mais le but suprême – l'éradication du système de valeurs nazi qu'il avait instauré en chacun – est loin d'être atteint. « L'Allemagne ne doit plus être un conte d'hiver, mais une réalité claire et dure, écrit-elle, il faut régler son compte à Barberousse qui s'est installé sur le Kyffhäuser et à tous les démons malins qui ont pris possession des esprits. C'est un dur travail. » Anna Seghers entendait ne pas rester en dehors du travail de transformation des hommes qui attendait l'Allemagne à la fin des années 1940.

Littérature et antifascisme

Vingt ans plus tôt, en 1928, Anna Seghers (Netty Radvanyi, née Reiling en 1900 à Mayence, morte à Berlin en 1983) s'est fait connaître en publiant une longue nouvelle, Der Aufstand der Fischer von Santa Barbara (La Révolte des pêcheurs de Santa Barbara), un texte d'une grande force pour lequel elle reçut, des mains de Hans Henny Jahnn, le prix Kleist et dont Erwin Piscator allait faire en 1934 un film en Union soviétique. La même année, elle adhère au K.P.D. (parti communiste allemand) et rejoint le Bund proletarisch-revolutionnärer Schriftsteller (Union des écrivains prolétaires-révolutionnaires). Il n'est donc pas étonnant que la jeune femme ait choisi comme thème de ce premier long texte littéraire l'histoire des plus pauvres et des plus humiliés, les pêcheurs affamés et exploités dans leur lutte pour, selon ses mots mêmes, « le bonheur, la joie et la lumière ». Dans les années de crise économique et sociale que connaît alors l'Allemagne, cette nouvelle ne trouve pas seulement un écho dans les couches les plus défavorisées de la société qui sont le cadre du récit, mais chez tous ceux qui s'engagent dans un combat militant et politique. Dès ses premiers écrits se révèle chez Anna Seghers un talent qui lui permet de transfigurer dans une langue poétique les situations politiques les plus déshumanisantes, sans leur ôter ni véracité ni tragique.

Invitée en 1930 au Congrès international des écrivains à Charkow (Charkiw en Ukraine), Anna Seghers découvre l'Union soviétique et fait la connaissance de Louis Aragon. Son roman Die Gefährten (Les Compagnons) – qui raconte la destinée d'émigrants communistes – peut encore paraître en Allemagne en 1930, tandis que Der Kopflohn. Roman aus einem deutschen Dorf im Spätsommer (La Mise à prix) – le récit de la traque d'un opposant politique – paraîtra en 1932 au Querido Verlag à Amsterdam. L'arrivée au pouvoir des nazis a mis un terme à la publication de textes de cette facture.

Juive et communiste, Anna Seghers est arrêtée par la Gestapo, puis relâchée. Peu après, elle quitte l'Allemagne pour la Suisse, puis la France, en compagnie de son mari, le sociologue hongrois Lazslo Radvanyi, et leurs deux enfants. En France, Anna Seghers qui s'est installée à Meudon, près de Paris, collabore aux journaux des émigrés allemands, entre autres au Neue Deutsche Blätter (avec Oskar Maria Graf, Wieland Herzfelde et Jan Petersen). Elle participe également à la fondation du Comité de défense des écrivains allemands, tandis que Lazslo Radvanyi, sous le nom de Johann Schmidt, fonde en 1935 à Paris la Freie Deutsche Hochschule (Université allemande libre). La même année, Anna Seghers participe au Congrès international des écrivains pour la défense de la culture, à Paris, aux côtés de Henri Barbusse, Isaak Babel, Alexis Tolstoï, Boris Pasternak, Lion Feuchtwangler et bien d'autres. Extrêmement productive, elle achève deux romans : en 1935, Der Weg durch den Februar (Le Chemin de février) – le cadre en est le soulèvement des ouvriers autrichiens en février 1934 – et en 1937, Die Rettung (Le Sauvetage), dont elle emprunte le sujet au chômage qui sévit chez les mineurs français. La même année, elle est présente en Espagne républicaine au deuxième congrès international des écrivains. À cette occasion, elle rencontre des membres des brigades internationales. Fac [...]

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Écrit par :

  • : directrice de l'association Les Amis du roi des Aulnes, traductrice

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LA SEPTIÈME CROIX (A. Seghers) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Pierre DESHUSSES
  •  • 1 027 mots

Dédié aux antifascistes « morts ou vivants », La Septième Croix a été écrit en 1938-1939 par Anna Seghers (1900-1983), durant son exil en France où elle s’était réfugiée en 1933. Le roman est publié dans sa version allemande en 1942, au Mexique, où Anna Seghers a trouvé refuge. Il obtient aussi […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Nicole BARY, « SEGHERS ANNA - (1900-1983) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/anna-seghers/