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SIEGFRIED ANDRÉ (1875-1959)

Académicien, géographe, historien, économiste, enseignant, journaliste, grand voyageur, André Siegfried est surtout le véritable maître de la science politique française. Observateur privilégié de la vie publique française, analyste serein de l'évolution de la société mondiale, il a plus que tout autre contribué à faire naître deux disciplines promises à un grand avenir : la géographie économique et la géographie électorale.

Sa vie se confond avec celle de la IIIe et de la IVe République. Né en 1875, avec la IIIe République, il meurt en 1959, peu de mois après la disparition de la IVe. André Siegfried, dira Henri de Montherlant dans son discours de réception à l'Académie française en 1960, était « né sur un tapis de velours ». En effet, issu d'une famille de la haute bourgeoisie protestante (son père, Jules Siegfried, maire du Havre, fut ministre du Commerce dans le cabinet Ribot), il grandit dans une atmosphère qui développa en lui une curiosité planétaire. Il rappelle, dans ses Souvenirs de la IIIe République, que son plus ancien souvenir politique avait été, à l'âge de six ans, la rencontre de Léon Gambetta en visite chez son père.

Après un premier tour du monde qui lui fait découvrir notamment la Nouvelle-Zélande et le Canada, pays auxquels il consacre d'importants ouvrages, il est candidat, sans succès, aux élections législatives de 1902, 1906 et 1910. Il ne tire aucune amertume de ces échecs : « Je n'en veux pas aux électeurs, écrira-t-il en 1930, qui m'ont laissé le loisir, la joie et la liberté d'esprit de l'étude. La volupté de comprendre me paraît aussi belle que l'ivresse de l'action. »

André Siegfried devient alors un témoin soucieux d'observer et d'expliquer la société qui l'entoure. Durant sa longue carrière d'enseignant, à l'École libre des sciences politiques à partir de 1910, puis au Collège de France où il occupe, de 1933 à 1946, la chaire de géographie économique et politique, il applique sa curiosité et sa soif d'expliquer aux domaines les plus divers, tels que géographie économique, relations internationales, comportements électoraux, vie politique comparée, etc. Analyse pénétrante de son temps, son enseignement est fondé sur d'élégantes démonstrations, qu'il ordonne selon un rythme ternaire. Ainsi, il explique en trois étapes l'essor de l'industrie cotonnière britannique : « a) le missionnaire impose des chemises aux sauvages ; b) les sauvages qui s'habillent achètent le coton anglais ; c) Manchester arrive alors. »

Dans les colonnes du Figaro, il exerce un véritable magistère spirituel sur l'opinion française.

La publication, en 1913, du Tableau politique de la France de l'Ouest infléchit l'évolution de la science politique française et donne naissance à l'école de géographie électorale longtemps animée par François Goguel. Se fondant sur l'étude des élections législatives depuis 1871, A. Siegfried constate la répartition géographique des opinions politiques et la permanence de certaines orientations. Ayant reconnu l'existence de tempéraments politiques, il recherche l'explication de ces comportements dans la géographie, dans les relations de dépendance entre les divers groupes sociaux ainsi que dans la pratique religieuse. Après plus d'un demi-siècle, cet ouvrage est toujours un guide pour la recherche, même si certaines de ses conclusions sont aujourd'hui contestées. De même, pour ce qui touche l'étude des forces politiques et parlementaires, son Tableau des partis en France demeure un modèle du genre.

Sa vocation de voyageur le conduisit très tôt à étudier « sur le terrain » les mentalités des peuples étrangers et les formes de leur civilisation, sachant admirablement saisir ce qu'il appellera l'âme des peuples. Ses ouvrages[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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