GLUCKSMANN ANDRÉ (1937-2015)

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Figure de la « nouvelle philosophie » dans les années 1970, profondément marqué par la lecture de Soljenitsyne, André Glucksmann fit siens les combats contre les totalitarismes.

André Glucksmann

Photographie : André Glucksmann

Dans un de ses premiers ouvrages, Les Maîtres penseurs, André Glucksmann oppose à la pensée allemande – celle de Hegel et de Marx – l’ironie de Socrate et son pouvoir de questionnement infini. 

Crédits : Despatin & Gobeli/ Opale/ Leemage

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Né le 19 juin 1937 à Boulogne-Billancourt, André Glucksmann baigne dans la culture de la Mitteleuropa. Rubin et Martha, ses parents, juifs autrichiens, sont des militants sionistes de gauche devenus communistes et qui ont fui l’Allemagne nazie. Enfant caché pendant la guerre tandis que sa mère s’engageait dans la Résistance, il passe sa jeunesse dans la banlieue lyonnaise. Après des études de philosophie à l’École normale supérieure de Saint-Cloud, il obtient l’agrégation en 1961. Tout en militant à l’Union des étudiants communistes, il participe, à la Sorbonne, au séminaire de Raymond Aron consacré à la guerre puis intègre le C.N.R.S. La relecture de Clausewitz lui fournit la matière de son Discours de la guerre (1967). Proche des maoïstes de la Gauche prolétarienne, Glucksmann convoque les grandes figures de la révolution, de Lénine à Che Guevara, pour s’approprier un objet jusqu’alors peu étudié par les philosophes. Dans le contexte de Mai-68, l’ouvrage est surtout remarqué pour sa prise de distance radicale avec la pensée du Grand Timonier.

C’est en fréquentant l’intellectuel catholique Maurice Clavel qu’André Glucksmann prend connaissance de l’œuvre d’Alexandre Soljenitsyne. La parution, en 1973, de L’Archipel du Goulag est un choc qui va changer sa vie. Les réunions chez Maurice Clavel scellent son divorce avec l’extrême gauche et le marxisme. La Cuisinière et le mangeur d’hommes (1975), qui établit un parallèle entre nazisme et communisme, ouvre la voie qui sera désormais la sienne, celle de l’antitotalitarisme. Dans cette même logique, Les Maîtres penseurs (1977), à la fois essai et pamphlet, rompt avec des figures fondatrices de la philosophie – Fichte, Hegel, Marx et Nietzsche – coupables, selon lui, d’« avoir agencé l’appareil mental indispensable au lancement des grandes solutions finales du xxe siècle ».

C’est précisément en 1977 que la France va découvrir André Glucksmann sur le plateau d’Apostrophes, aux côtés de Bernard-Henri Lévy et de Maurice Clavel. Avec d’autres ex-gauchistes en rupture de Marx est né le courant des « nouveaux philosophes » pour lesquels les « anciens », comme Gilles Deleuze, n’ont que mépris, ne voyant là que « marketing philosophique ». De son côté, Glucksmann s’en prend à la tradition émancipatrice des Lumières, à laquelle il reproche d’avoir par idéalisme alimenté les pires entreprises politiques. Il ne s’agit pas de vouloir le bien, mais de refuser le mal. Dans sa démarche, le philosophe finira par trouver un appui dans Le Discours de la méthode en publiant Descartes, c’est la France (1987).

Spécialiste de la guerre, de la dissuasion et de la stratégie nucléaire comme directeur de recherche au C.N.R.S., André Glucksmann multiplie les ouvrages et les prises de position politiques. En 1979, il parvient à réunir Sartre et Aron pour soutenir l’opération « Un bateau pour le Vietnam », afin de venir en aide aux boat people du sud du pays qui fuient les persécutions dans leur pays réunifié.

Glucksmann pratique une philosophie de l’intervention qui trouve un écho dans le « devoir d’ingérence » de Bernard Kouchner et de Médecins sans frontières. La philosophie ne doit pas se contenter de penser, elle doit contribuer à lutter contre les totalitarismes de droite et de gauche, les souffrances, le mal. Aux élections européennes de 1994, il retrouve Bernard-Henri Lévy sur la liste Sarajevo en faveur de la Bosnie assiégée. En 2003, lors de la guerre d'Irak, il se prononce en faveur du renversement de Saddam Hussein. Cet enfant de Mai-68, saisi par le Goulag, suit la voix résistante de sa mère, Martha, pour dénoncer au fil de ses essais la terreur, le fanatisme idéologique et religieux, le nihilisme contemporain et ce « crime d’indifférence » qui a permis, lors de la guerre de Tchétchénie, qu’une ville de 400 000 habitants comme Grozny soit réduite en poussière dans un silence diplomatique quasi total.

En 2007, André Glucksmann so [...]

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Pour citer l’article

Laurent LEMIRE, « GLUCKSMANN ANDRÉ - (1937-2015) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/andre-glucksmann/