LÉVY BERNARD-HENRI (1948- )

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Figure controversée du paysage médiatico-intellectuel français, Bernard-Henri Lévy, né le 5 novembre 1948 à Béni-Saf en Algérie, cumule les fonctions d'essayiste, de chef de file des « nouveaux philosophes », de reporter, de publiciste, de directeur de collection et de cinéaste.

En 1968, il intègre l'École normale supérieure, où il suit les cours de Louis Althusser et de Jacques Derrida. Il devient agrégé de philosophie en 1971, mais a déjà noué des liens avec les milieux du journalisme (notamment à Combat où il publie une série d'articles consacrés au monde paysan) et de l'édition, qui correspondent plus à ses aspirations que la carrière de professeur à laquelle ses études le destinaient.

Personnage attirant et au verbe facile, il séduit des personnalités influentes qui serviront sa carrière : Françoise Giroud, Bernard Pivot, Philippe Sollers, Françoise Verny, mais aussi des industriels tels que Jean-Luc Lagardère ou des hommes politiques tels que François Mitterrand.

Son premier livre, Bangla-Desh. Nationalisme dans la révolution, publié en 1973 chez Maspéro, sans doute inspiré par André Malraux pour lequel il ne cache pas son admiration, éblouira Françoise Verny, « plus emportée, écrira-t-elle, par la fermeté de la pensée et la qualité du style que par le sujet lui-même ». Il intègre les éditions Grasset en 1973 et crée la collection Figures qui accueille les textes de jeunes philosophes. À la suite de l'échec après quinze jours de parution, du 27 janvier au 7 février 1975, du quotidien L'Imprévu (avec Michel Butel), il est à l'origine en juin 1976 du mouvement des « nouveaux philosophes » (André Glucksman, Jean-Paul Dollé, Jean-Marie Benoist) que les Nouvelles littéraires ont rassemblés dans un numéro spécial. Ce courant, qui procède d'un formidable coup de marketing, s'appuie sur le message délivré par les dissidents communistes auquel Soljénitsyne vient d'apporter L'Archipel du goulag. En 1977, le mentor de l'opération devient leur chef de file en publiant La Barbarie à visage humain. Le livre, comme le mouvement, font alors grand bruit dans la presse mais également au cours d'une émission d'Apostrophes. Suit une controverse entre intellectuels antitotalitaires et partisans de l'Union de la gauche.

Gilles Deleuze, violemment attaqué, répond dans un article-interview publié dans la revue Minuit en mai 1977. Il reproche aux « nouveaux philosophes » de travailler avec de grosses « notions dualistes », sans « articulations fines », sans nuances. Il leur reconnaît une nouveauté réelle, c'est d'avoir « introduit en France le marketing littéraire ou philosophique, au lieu de faire une école ». Mais surtout, il démonte des pratiques éditoriales nouvelles : « il faut qu'on parle d'un livre et qu'on en fasse parler, plus que le livre lui-même ne parle ou n'a à dire. À la limite, il faut que la multitude des articles de journaux, d'interviews, de colloques, d'émissions radio ou télé remplacent le livre, qui pourrait très bien ne pas exister du tout. [...] Il y a là toute une activité qui, à cette échelle et à ce degré d'organisation, semblait exclue de la philosophie, ou exclure la philosophie. »

Après Le Testament de Dieu (1979) qui marque, sous le signe du monothésime et de Lévinas, une nouvelle prise en compte du religieux, L'Idéologie française paraît en 1981. Le livre dénonce « une très ancienne ignominie dissimulée dans les tréfonds de la culture et de l'esprit français » ; le fascisme et le nazisme ne seraient pas nés en Italie ou en Allemagne mais en France. À partir de cet énoncé simple, le livre aurait été pensé et produit, selon un principe que fustige Michel Onfray, comme « une machine destinée aux formats, aux slogans et aux temps médiatiques des émissions de télévision ». La thèse comme la méthode suscitent une avalanche de critiques, et entraînent le discrédit de son auteur dans le milieu universitaire – discrédit compensé par la faveur dont Bernard-Henri Lévy continue de jouir au sein d'une partie du monde politique et des médias.

Dans la presse, Bernard-Henri Lévy a écrit dans Le Quotidien de Paris, au Matin, donné des articles aux Temps modernes et au Nouvel Observateur. En 1985, il a été l'un des cofondateurs du mensuel Globe, et a fondé, en 1990, La Règle du jeu. Depuis 1993, il rédige un « bloc-notes » au Point. Membre de comités, signataire de pétitions, il n'hésite pas à se rendre sur le terrain au Pakistan ou à Sarajevo, à soutenir de nombreuses entreprises humanitaires comme « L'Action internationale contre la faim », et à publier des livres-reportages, tels que La Pureté dangereuse (1994), Qui a tué Daniel Pearl ? (2003), American Vertigo (2006), qui se veulent autant d'expressions de son engagement. Il a également publié un monumental essai sur Jean-Paul Sartre (Le Siècle de Sartre, 2000). Mais sa propension à mettre chacun de ses actes en scène continue de susciter une méfiance que ne dissipe pas le film Le Serment de Tobrouk (2012), consacré par lui à son action en faveur des Libyens soulevés contre le colonel Kadhafi.

En 2015, Bernard-Henri Lévy publie L’Esprit du judaïsme. Dans le sillage de Lévinas et de Jankélévitch, cet essai s’interroge sur l’essence du judaïsme, où l’éthique prend le pas sur la foi, où le désir de connaissance et le commentaire inlassable des textes l’emportent sur la vérité révélée.

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Pour citer l’article

Yves KIRCHNER, « LÉVY BERNARD-HENRI (1948- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bernard-henri-levy/