LARROCHA ALICIA DE (1923-2009)

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Figure majeure de l'école espagnole de piano, la Catalane Alicia de Larrocha s'est imposée dans le monde entier par un jeu raffiné et nuancé qui a offert un nouveau visage à la musique de son pays, auparavant trop souvent noyée dans l'excès et la recherche de l'effet.

Alicia de Larrocha i de la Calle voit le jour à Barcelone le 23 mai 1923. Sa mère, qui avait été élève de Granados, la confie au grand pédagogue Frank Marshall, l'un des derniers disciples de l'auteur des Goyescas. Elle n'a que neuf ans lorsqu'elle grave son premier disque (une valse et un nocturne de Chopin), à l'initiative de la grande mezzo-soprano Conchita Supervia. En 1935, Alicia joue le Concerto du Couronnement de Mozart avec l'Orchestre symphonique de Madrid sous la direction du légendaire Enrique Fernández Arbós. La guerre civile retarde ses véritables débuts de carrière, qui se développe en Espagne à partir de 1940, puis à l'échelon international dès 1947, grâce au soutien d'Arthur Rubinstein. Elle devient l'assistante de Frank Marshall à l'Academia qui porte son nom à Barcelone. En 1950, elle épouse le pianiste Joan Torra et donne avec lui de nombreux concerts. Elle se produit aussi avec le violoncelliste Gaspar Cassadó (1956-1959) ; tous deux créent en 1957 la Partita pour violoncelle et piano d'Alexandre Tansman. À la mort de Marshall en 1959, elle prend la direction de l'Academia Marshall. Tout au long de sa carrière, elle ne cesse de se produire avec les plus grands musiciens : Poulenc, avec qui elle joue son Concerto pour deux pianos, les cantatrices Victoria de Los Angeles et Montserrat Caballé, le Quatuor de Tōkyō et le Quatuor Guarneri, des chefs d'orchestre comme Colin Davis ou Riccardo Chailly. Très proche du compositeur catalan Federico Mompou, elle crée et reçoit en dédicace plusieurs de ses pièces pour piano, notamment le quatrième cahier de Música callada (1972) et Cançons i danses no 14 (1978). Elle crée aussi des œuvres de Xavier Montsalvatge (Divagació, 1951 ; Concierto breve, dont elle est dédicataire, 1953) et Joaquín Nin-Culmell (Seguedilla murciana, dont elle est également dédicataire). Elle cesse de jouer en public en 2003 et meurt à Barcelone le 25 septembre 2009. Au cours de sa longue carrière, elle a donné plus de quatre mille concerts.

Sa petite taille (1,52 m) et celle de ses mains ont limité son répertoire, mais Alicia de Larrocha a su compenser ce handicap avec une assise élevée qui lui donnait un angle d'attaque plus ferme sur le clavier, lui permettant de maîtriser parfaitement les difficultés de la musique de Granados ou d'Albéniz, mais aussi de Chopin, de Liszt ou de Rachmaninov. Dans les premières années de sa carrière, son jeu s'imposait par la solidité des basses, des attaques directes, une rythmique ferme et un sens de la couleur, caractéristiques qui se sont assouplies au fil du temps pour tendre vers une expression plus flexible, un sens profond de la ligne mélodique et une palette subtile. L'élégance était sa qualité majeure, du panache mais sans la moindre recherche démonstrative, une discrétion qu'elle disait liée à sa timidité naturelle. Si on l'a identifiée à la musique de ses compatriotes Albéniz, Granados, Falla et même Joaquín Turina ou Antonio Soler, elle refusait d'être considérée comme une spécialiste de ce répertoire : « C'est juste ce que les gens aiment m'entendre jouer. » Grande mozartienne, elle était aussi à l'aise dans le répertoire romantique allemand que dans la musique française. Elle a joué à plusieurs reprises le cycle complet des cinq concertos de Beethoven et a même enregistré le premier et le troisième concerto de Rachmaninov, véritable gageure avec des mains si petites. Elle n'est jamais parvenue à dépasser l'intervalle d'une dixième, qui se réduisait à la neuvième dans les dernières années de sa carrière (une oreille attentive peut s'en rendre compte à l'écoute de ses ultimes enregistrements de Granados).

Dans sa discographie, on retiendra : Iberia d'Albéniz (enregistré en 1960 et 1972), Nuits dans les jardins d'Espagne de De Falla (Orchestre de la Suisse romande, dir. Sergiu Comissiona, enregistrées en 1970), Danses espagnol [...]

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Écrit par :

  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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Alain PÂRIS, « LARROCHA ALICIA DE - (1923-2009) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/alicia-de-larrocha/