TANSMAN ALEXANDRE (1897-1986)

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Dernier survivant de l'école de Paris, qui réunit au cours des années 1920 quelques compositeurs originaires d'Europe centrale fixés à Paris, Alexandre Tansman a connu une carrière particulièrement brillante avant et après la Seconde Guerre mondiale, son œuvre connaissant alors une intense diffusion servie par les plus grands interprètes du moment. Depuis les années 1960, son intransigeance à l'égard des nouveaux courants esthétiques l'avait tenu dans un oubli relatif bien qu'il soit resté pour bon nombre de musiciens un compositeur de référence, une sorte de trait d'union tardif entre deux époques.

Né à Łódz le 12 juin 1897, Alexandre Tansman commence ses études musicales au conservatoire (1902-1914). À Varsovie, il travaille le piano avec Waldemar Lütschg et la composition avec Piotr Rytel tout en poursuivant des études de philosophie et de droit à l'université. En 1919, à l'occasion du premier concours national de musique qui se déroule en Pologne après l'indépendance retrouvée, il remporte les deux premiers prix, avec deux œuvres présentées sous des pseudonymes différents. Après un court service militaire dans la nouvelle armée polonaise, il s'établit à Paris, où il donne en 1920 un premier concert consacré à ses œuvres pour piano. L'année suivante voit la naissance de l'école de Paris, mouvement qui réunit, en dehors de lui, le Hongrois Tibor Harsányi, le Roumain Marcel Mihalovici, le Tchèque Bohuslav Martinů et le Russe Alexandre Tcherepnine. Les œuvres de Tansman attirent d'emblée l'attention des plus grands chefs d'orchestre : Vladimir Golschmann crée en 1923 la Danse de la sorcière, qui sera couronnée par la Société internationale de musique contemporaine (S.I.M.C.) en 1926. En 1925, il joue en première audition son Concerto pour piano no 1 sous la direction de Serge Koussevitzky. La renommée qu'il acquiert en quelques années passées à Paris s'étend rapidement outre-Atlantique avec une tournée au cours de laquelle il se produit comme pianiste, puis comme chef d'orchestre, présentant ses propres œuvres (1927-1928). En 1933, il séjourne en Extrême-Orient. Définitivement fixé à Paris il épouse la fille du compositeur Jean Cras et acquiert la nationalité française en 1937.

Pendant les années de guerre, Tansman se fixe aux États-Unis et compose de nombreuses musiques de film pour les studios de Hollywood. Mengelberg, Toscanini, Monteux, Segovia, Gieseking imposent sa musique. À la même époque, il rencontre Stravinski, dont il devient l'un des plus proches amis et auquel il consacrera une importante biographie (Paris, 1948). De retour en France en 1946, il est étroitement lié à la promotion de la musique contemporaine qu'assure la R.T.F., mais il n'occupera aucune fonction officielle. Son œuvre connaît un véritable engouement en Pologne à partir de la fin des années 1970. Il meurt à Paris le 15 novembre 1986.

La musique d'Alexandre Tansman s'impose par son sens mélodique prononcé, sa vivacité rythmique, la solidité de ses structures et le refus absolu de se soumettre au moindre système qui en limiterait la liberté d'expression. Parfois impressionniste, Tansman aime la bitonalité et les différentes « nouveautés » des années 1920, marquées par l'arrivée du jazz en Europe. Mais il puise aussi ses sources dans la musique populaire de son pays natal et dans la tradition juive dont il est issu. Pendant la guerre, son style s'oriente vers le néo-classicisme, sous l'influence de Stravinski. Mais il saura s'en détacher en élaborant un langage personnel, incisif, parfois dur, qui ne manque pourtant pas de chaleur ni de générosité.

Doté d'immenses facilités d'écriture, il laisse une œuvre abondante qui touche à tous les domaines : six ouvrages lyriques – La Nuit kurde (1925-1927), La Toison d'or (1938), Le Serment (1954), d'après La Grande Bretèche de Balzac, Sabbataï Zévi, le faux Messie (1957-1958), Le Rossignol de Boboli (1965) et Georges Dandin ou le mari confondu (1974), d'après Molière –, plusieurs ballets – La Grande Ville (1932), partition dans laquelle il se laisse tenter par le jazz, Les Habits neufs du roi (1958), d'après Andersen, Résurrection (1962), d'après Tolstoï –, de nombreuses partitions symphoniques – sept symphonies (1925-1944), la seconde créée par Koussevitzky en 1926, deux Sinfonietta (1925 et 1978), [...]

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  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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  • Écrit par 
  • Alain PÂRIS
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Pour citer l’article

Alain PÂRIS, « TANSMAN ALEXANDRE - (1897-1986) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/alexandre-tansman/