AFRIQUE NOIRE (Culture et société)Langues

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Les structures linguistiques

Une orientation générale se dégage, semble-t-il, de l'historique des langues négro-africaines. On présentera seulement, ici, quelques faits de structures suivant un cadre de classement inspiré de Greenberg. Ce choix permet une mise en ordre pratique, mais n'implique pas une acceptation sans réserve. On insistera seulement sur quelques traits généraux dont l'ensemble peut être considéré comme caractéristique.

La famille congo-kordofanienne

Cette famille regroupe un grand nombre de langues au sud d'une ligne qui, d'ouest en est, part du fleuve Sénégal et s'infléchit progressivement vers le sud-est jusqu'au Kenya. La famille khoisan, au sud-ouest de l'Afrique, en est exclue.

Le groupe atlantique occidental

Il rassemble toutes les langues de l'extrême Ouest africain : au Sénégal, le wolof, les parlers sérer, le diola et toutes les langues des minorités de Guinée-Bissau, de Guinée et Sierra Leone. Tous les auteurs sont d'accord pour y joindre le peul. À vrai dire, ce groupe est plutôt géographique que génétique. Aucune étude d'ensemble n'a été entreprise ; seuls le badiaranké, le bedik, le diola, le konyagi, le mancagne, le mandjaque, le peul, le wolof et divers dialectes sérer ont fait l'objet de travaux. D. Dalby détache du groupe le temnè et quelques langues parentes. On a cru longtemps que les langues ouest-atlantiques (ou sénégalo-guinéennes) n'avaient pas de tons. Cela est vrai incontestablement du wolof, du peul et du diola, mais ne l'est pas du temnè ni du bedik (Sénégal de l'Est).

On peut néanmoins souligner quelques faits communs aux langues connues du groupe. Elles n'ont pas de phonèmes vocaliques nasaux. La plupart connaissent des consonnes prénasalisées et l'accent d'intensité sur la syllabe initiale des lexèmes. La forme canonique des lexèmes est régulièrement de structure CVC. Elles ne connaissent pas la composition comme procédé productif, mais la dérivation joue au niveau des lexèmes verbo-nominaux et au niveau des noms. Elles se rangent dans le type des langues à classes ou « langues à genres multiples ». Le système des classes est très appauvri en wolof, il est par contre très différencié en peul (suffixes), ainsi qu'en diola et en temnè (préfixes). On y retrouve un fonctionnement qui rappelle les langues bantoues puisque les affixes de classes, dans ces trois dernières langues, manifestent des accords par référents (anglais concords) dans le cadre de rapports syntagmatiques précis ; les syntagmes nominaux sont des séquences où le déterminé précède le déterminant.

Les systèmes de conjugaison sont complexes. L'ordre des constituants est sujet-prédicat verbal-objet-circonstant. Ce dernier terme est marqué par une préposition ou par un dérivatif affixé au lexème verbal. Les constituants syntaxiques, nominaux ou verbaux, sont toujours complexes, à l'exception de l'impératif, comportant un lexème éventuellement élargi par un ou plusieurs dérivatifs, un nominant pour les noms, un prédicatif verbal pour les verbes.

Un trait qui a retenu depuis longtemps l'attention des linguistes est l'alternance des consonnes à l'initiale des constituants verbaux et nominaux, particulièrement en peul, en koniagi, en biafada. L'alternance joue pour les noms et pour les verbes dans le cadre de l'opposition de nombre. Elle se présente, dans l'état actuel des langues, comme un fait d'ordre phonétique dont le conditionnement n'est plus décelable.

Les langues mandé

Elles constituent un groupe qui, à l'inverse du précédent, ne semble pas devoir être remis en question. On ne peut prétendre en donner une classification interne, malgré certains auteurs. Delafosse a proposé deux ensembles, le mandé tan et le mandé fu d'après le chiffre « dix ». À vrai dire, le mandé tan, ou manding, est assez homogène ; il comprend les parlers des Bambara, des Malinké et des Dyula, vaste ensemble où l'intercompréhension est possible, au moins au niveau d'un usage basique, et qui concerne le Mali, la haute Guinée, la haute Côte d'Ivoire, l'ouest du Burkina Faso, une partie de l'Est sénégalais, enfin le Liberia avec la langue vay.

En f [...]

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Écrit par :

  • : chargé de recherche au C.N.R.S., chargé de conférences à l'École pratique des hautes études (IVe section)
  • : professeur à l'École nationale des langues orientales vivantes

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Pour citer l’article

Emilio BONVINI, Maurice HOUIS, « AFRIQUE NOIRE (Culture et société) - Langues », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/afrique-noire-culture-et-societe-langues/