AFRIQUE NOIRE (Arts)Aires et styles

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Arts de l'Afrique centrale

Les peuples iconophiles de l'Afrique équatoriale possèdent tous un même héritage, dont les expressions les plus anciennes, toujours conservées, se sont transformées et adaptées selon le contexte géographique, historique et humain.

Les recherches actuelles confirment que le noyau bantou originel se situe dans la moyenne Benue, au Nigeria, 3000 ans avant J.-C. L'afflux des populations, à la suite de l'assèchement de la zone sahélienne, les conduisit à se diriger vers le sud. Les unes sont entrées en Afrique équatoriale par les voies fluviales de la Sanaga et de l'Oubangui pour former le noyau bantou occidental dans l'ouest du Congo-Kinshasa, le nord de l'Angola et le Congo-Brazzaville. Une autre partie, progressant par voie terrestre, aurait infléchi son trajet vers l'est, longeant la chaîne des Grands Lacs et aurait formé le noyau bantou oriental localisé d'après les linguistes dans la région des lacs Kisale-Upemba le long du Lualaba, le cours supérieur du fleuve Congo. Les signes culturels s'inscrivent dans les institutions qui se répartissent différemment dans les deux grands biotopes, forêt et savane. Les références restent celles des ethnies, tout en sachant que leurs limites sont traversées par nombre d'institutions.

Les traditions culturelles dans les zones forestières

Le village constituait l'unité dominante dans le bassin intérieur de la grande boucle du moyen Congo. Sur une vaste région allant du Haut-Ogooué au Maniema du Nord, la famille avait accru son importance au détriment du village, mettant en valeur les biens acquis, des objets en métal, et un système de successions favorisant le développement des lignages. L'organisation sociale était variée et complexe, et les lignages se lièrent aussi dans des ensembles plus vastes. Sur le plan artistique, ces ensembles se subdivisent en trois zones.

La zone occidentale du fleuve Congo

Les Kwele

Liés aux populations de l'Ogooué qui vivaient au nord-est du Gabon sur les terres irriguées par l'Ivindo, les Kwele font partie d'un sous-groupe d'origine Maka-Djem du Sud-Cameroun. Poussés par les Fang dans les régions de la grande forêt équatoriale, ils s'établirent les uns au Gabon, les autres au Congo-Brazzaville. Ces derniers ont conservé les traditions anciennes et l'art de sculpter les masques. Comme les Kota et les Mahongwe de Mékambo, ils recueillaient les crânes des défunts dans des paniers, et sculptaient des têtes funéraires. Ils sont surtout connus par des masques faciaux pipibudzè parfois bifaces, des masques à cornes enveloppantes, des masques à trompe, et des masques gong à l'apparence de gorille mâle. Ils sculptaient aussi, pour lutter contre la sorcellerie, des masques-heaumes à plusieurs visages, les ngontangang. Leurs forgerons façonnaient des armes de guerre et de chasse.

Les Mbede-Obamba

À l'est des Shake, les Mbede-Obamba occupent les terres proches des populations de la Likouala et de l'Alima. Ils pratiquent le culte des ancêtres, sculptant de rares effigies en bois, d'allure hiératique. Des scarifications peuvent ponctuer la sculpture. Plusieurs figures, peu nombreuses, ont été attribuées au même sculpteur « le maître d'Abolo ».

Les Mbede façonnent aussi des figures en terre cuite qui ont les mêmes caractéristiques. Des coffres et des boîtes servaient également de reliquaires. L'archétype des effigies mbede se reconnaît sur les plus anciennes statues teke, et même sur des œuvres yansi du Congo-Kinshasa.

Les Kota Ndasa et Wumbu

Seuls deux groupes des Kota méridionaux, les Ndasa et les Wumbu, résident au Congo. Là encore, le culte des ancêtres reste florissant. Des reliques des personnes importantes, tels les chefs de lignage et les prêtres devins, les nganga, étaient conservées dans des paniers de vannerie, dans lesquels des figurines en bois étaient recouvertes de plaques et de lamelles de cuivre ou de laiton.

Les Babangi-Yansi

Quelques rares masques faciaux concaves, taillés en réserve, et qui se caractérisent par des yeux ajourés composés de petits cylindres, un plan nasal étiré aux ailes rectilignes, une petite bouche cylindrique et prognathe, ont été attribués aux Babangi, appelés aussi les Yansi. Ces masques ont été rapprochés par la danse des Babangi, qui résident à la confluence des rivières Alima et Likouala.

Les Kuyu

Au centre-est du Congo, sur la rivière du même nom, les Kuyu se répartissent en deux clans totémiques : celui de la panthère à l'ouest, et celui du serpent à l'est. Au cours des fêtes kebe-kebe, ils promenaient des marottes en bois polychrome, à la frontière du masque et de la marionnette. De grandes statues ancestrales polychromes font également partie de leur patrimoine.

La zone de l'Oubangui-Congo

Dans la zone de confluence de l'Uele et du Bomu, les Ngbandi fondèrent de petits royaumes. Ceux-ci, ainsi que ceux de leurs voisins, possèdent des statues d'ancêtres, honorant les fondateurs des lignées dominantes. Se sentant menacés, les Ngombe se renforcèrent en s'unissant sous un ancêtre commun, représenté aussi dans des effigies en bois. Militarisés comme les Ngbandi, ils utilisèrent des épées, des couteaux de jets et de lances. Ils furent forcés de se replier vers le sud et l'ouest. Sur le plan artistique, les Ngbaka, dont les langues se rattachent aux parlers camerounais, sculptaient des masques taillés en réserve en forme de cœur. Des incisions ou scarifications apparaissent sur la crête nasale, le front et les tempes.

La zone de la cuvette congolaise et du Maniema

Des Mbole aux Metoko

Les Mbole et les Yela appartiennent au peuple mongo par la langue et la culture. Ils résident sur les rives de la Tshuapa et de la moyenne Lomami. L'institution dirigeante était celle du Lilwa, qui règlait les relations entre les lignages majeurs (okenge). Leur production artistique, connue par des statues aux bras ballants le long d'un corps étroit, évoque de façon symbolique des hommes pendus rappelant l'importance des règles institutionnelles du Lilwa. De rares masques ovales ou rectangulaires sont taillés en deux plans recouverts des couleurs rituelles.

Les Lengola, qui recouvrent aussi des populations metoko et komo habitant près du Lualaba, représentaient leur ancêtre fondateur par une figure cultuelle démesurée, Ubanga Nyama, dressée au milieu du village à la mort d'un chef. Ce type de figure se rencontre aussi au Gabon, chez les Tsogho. D'autres statues, au visage toujours façonné selon une technique de taille en réserve, apparaissaient dans l'association du Bukota. Les similarités structurelles entre les institutions du Bwami chez les Lega, et du Bukota chez les Metoko et les Lengola, mettent en évidence des origines communes. Quant aux Jonga, ils sculptaie [...]

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Écrit par :

  • : docteur en histoire de l'art
  • : agrégée de grammaire, docteur ès lettres, directeur de recherche honoraire au C.N.R.S.
  • : anthropologue, chercheur au C.N.R.S.
  • : professeur émérite à l'université catholique de Louvain, membre titulaire de l'Académie royale des sciences d'outre-mer de Belgique

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Pour citer l’article

Claire BOULLIER, Geneviève CALAME-GRIAULE, Michèle COQUET, François NEYT, « AFRIQUE NOIRE (Arts) - Aires et styles », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/afrique-noire-arts-aires-et-styles/