BROUWER ADRIAEN (1605/06-1638)

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Peintre de genre, de paysages et de portraits, Adriaen Brouwer est né à Oudenaarde et mort à Anvers. D'abord élève de son père qui faisait des cartons de tapisseries, on le retrouve ensuite en Hollande : à Amsterdam, en 1626, puis à Haarlem, en 1628, dans l'atelier de Frans Hals. Au cours de cette première période, Brouwer a surtout peint des scènes de tavernes ou de tabagie, imprimant un renouveau décisif à la peinture de genre à partir de vieux exemples de rusticité brueghelienne, mais avec un incomparable affinement technique qui fait accéder ces « gueuseries » flamandes à une grande peinture vraiment dramatique et émouvante. Dans un tableau comme le Festin de Zurich, la référence à Brueghel l'Ancien est évidente, et l'utilisation de tons très acidulés et vifs reste flamande et archaïque. Les ustensiles de cuisine placés au premier plan attestent la virtuosité d'un peintre qui aurait pu exceller dans tous les domaines y compris celui de la nature morte. Les œuvres de cette époque sont en général soumises à une organisation habile et efficace qui privilégie à l'avant-plan un personnage isolé, sujet principal du tableau, comme Le Faiseur de crêpes (coll. Johnson, Philadelphie), qui sert de repoussoir au reste de la scène où sont groupés dans un anonymat collectif les autres personnages. L'expression caricaturale et les visages dessinés à une plus grande échelle que le reste du corps sont encore des souvenirs de Brueghel l'Ancien. Bientôt ces diverses influences flamandes vont évoluer au contact des Hollandais et de l'atelier de Frans Hals ; dès lors, Brouwer aère davantage ses compositions et place les scènes dans un clair-obscur subtil qui unifie l'ensemble et lui donne plus de présence et d'intensité humaines. Il ne cherche plus à privilégier telle figure d'une manière archaïque, tous ses personnages sont désormais représentés à la même échelle, comme dans Les Fumeurs de Cassel. Cette influence du milieu harlémois de Hals est essentiellement picturale et technique : Brouwer ne cesse jamais de peindre des scènes rustiques et familières et se refuse aux évocations mondaines et élégantes du cercle de Dirk et Frans Hals. Bien au contraire, c'est l'exemple de Brouwer qui véhiculera en Hollande auprès d'un Molenaer, des frères Van Ostade et des réalistes rustiques de Rotterdam (Sorgh, Poel, Saftleven) le goût des scènes de genre triviales et populaires. Avec les Paysans de Moerdjik (coll. Markus, La Haye), un des derniers tableaux de la période hollandaise que G. Knuttel (A. Brouwer, La Haye, 1962) suppose même avoir été peint lors du voyage à Anvers, Brouwer utilise un coloris plus estompé et riche en bruns nuancés. Les nombreux tableaux de fumeurs euphoriques évoquent certainement l'expérience personnelle de l'artiste bien connu pour avoir été un grand amateur de tabac. En 1631, Brouwer est de retour à Anvers, où il produit ses œuvres les plus mûres. Il mène une vie passablement agitée, se faisant emprisonner à plusieurs reprises pour des raisons qui demeurent inconnues. Mais on le sait très lié à Rubens qui serait intervenu au moins une fois pour le faire libérer ; à Anvers, Brouwer rencontre enfin J. van Craesbeck, qui sera un de ses meilleures élèves (d'où le fameux tableau du Louvre Le Fumeur, longtemps attribué à Brouwer, qui est en réalité un autoportrait de Craesbeck pastichant très habilement Brouwer), et le graveur P. Pontius, chez lequel il habite en 1634. Un des meilleurs tableaux de cette époque reste Les Fumeurs de New York où il s'est représenté aux côtés de J. D. de Heem et de J. Cossiers ; c'est aussi l'un des seuls tableaux qu'il est possible de dater (1635-1636) grâce à la présence des personnages, ce qui est exceptionnel, Brouwer ne datant jamais ses tableaux. Toutes ces petites scènes de genre plongées dans un clair-obscur vivifiant sont en fait d'une telle brutalité narrative, d'une telle force de coloris et de sentiment, d'une telle humanité poignante que le qualificatif de « petit maître », s'il est mérité par d'innombrables suiveurs purement anecdotiques et prosaïques, tels les Teniers, n'est plus de mise chez Brouwer. Le paysagiste n'est ni moins fort ni moins attachant. Rompant avec la tradition du paysage panoramique ou composé, il choisit des coins de nature restreints et des éclairages lunaires ou crépusculaires tou [...]

Scène de cabaret, A. Brouwer

Photographie : Scène de cabaret, A. Brouwer

Adriaen BROUWER, Scène de cabaret, huile sur toile. Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg, Russie. 

Crédits : Bridgeman Images

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Pour citer l’article

J. BOUTON, « BROUWER ADRIAEN (1605/06-1638) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/adriaen-brouwer/