TÉNIERS LE JEUNE DAVID (1610-1690)

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Peintre recherché et officiel, David Teniers le Jeune a abordé avec aisance les genres les plus opposés : nature morte, portrait, paysage, peinture d'histoire, scène de genre ; il est avant tout le peintre des cabarets, des kermesses et des divertissements rustiques où, à la suite de Brouwer, il se révèle l'observateur de la vie populaire de son temps tout en y apportant une facture personnelle (tons plus clairs, métier léché).

David Teniers est né à Anvers ; il étudie auprès de son père David Teniers Ier (1582-1649, élève d'Elsheimer) avec qui il collabora au début de sa carrière. En 1632, il est reçu franc-maître de la corporation de Saint-Luc à Anvers et devient doyen de cette confrérie en 1644. En 1663, il figure comme un des fondateurs de l'Académie des beaux-arts d'Anvers. En 1651, il s'établit à Bruxelles (où il mourra) et entre au service de l'archiduc Léopold-Guillaume, gouverneur des Pays-Bas, qui en fait son peintre particulier et le nomme conservateur de sa galerie de tableaux. Il est chargé de la publication d'un album de gravures (comprenant 244 tableaux italiens de la collection de l'archiduc) qui paraît en 1658 sous le titre de Theatrum pictorium Davidis Teniers Anterwerpiensis. Le successeur de Léopold-Guillaume, don Juan d'Autriche, le maintient dans ses fonctions. Teniers expédie également des œuvres à la cour de Philippe IV d'Espagne et au stathouder Guillaume II de Nassau. Il voyage en Angleterre de 1650 à 1655. Teniers avait épousé la fille de Bruegel de Velours qui l'aurait introduit auprès de Rubens.

Dans ses premières œuvres, Teniers poursuit la manière traditionnelle des Francken, Le Corps de garde (palais Corsini, Rome), mais d'un clair-obscur plus nuancé et plus chaud ; Le Retour de l'enfant prodigue (musée du Louvre), scène religieuse relatée à la façon d'une scène bourgeoise, aux couleurs fraîches, où le paysage est traité en tons bleuâtres que Bruegel de Velours avait mis à la mode. Mais c'est surtout l'influence de son père qui se fait sentir dans ses représentations de la vie bourgeoise, aux tons sourds, à la touche lourde, tels Le Changeur et sa femme (National Gallery, Londres), Les Cinq Sens (Prado, Madrid). Il réalise également des natures mortes dans la gamme restreinte des gris : Violon, mappemonde et livre (musée des Beaux-Arts, Rouen). Le maniérisme fantastique de Josse de Momper lui inspire ses premiers paysages et ses tentations de saint Antoine (musée du Louvre ; Prado). En 1630, Adriaen Brouwer arrive à Anvers et, sous son influence, Teniers abandonne la peinture des mœurs bourgeoises pour se tourner vers la vie populaire, il contrefait les scènes de cabaret brouwériennes dans une manière plus douce, plus fignolée. En 1634, il peint la Scène d'auberge du musée de Mannheim où l'on retrouve encore les tons bruns de Teniers le Vieux, puis l'Intérieur d'estaminet (musée du Louvre) proche de l'Intérieur de tabagie (musée du Louvre) de Brouwer. Cette phase est courte : Teniers multiplie les détails, remet à l'honneur les accessoires — Corps de garde (Rijksmuseum, Amsterdam) rehaussé par une nature morte d'armes, Cuisine (Mauritshuis, La Haye) emplie de victuailles —, s'attache aux effets pittoresques. Il représente des groupes sur plusieurs plans successifs, ce qui lui permet de jouer sur les contrastes de physionomie, sur les oppositions tranchées de lumière, comme la Partie de cartes (musée du Louvre) où Teniers recherche un effet d'opposition en développant la composition dans deux pièces, l'une claire, l'autre sombre, en donnant deux sources lumineuses : la flamme du foyer illuminant la pièce de l'arrière-plan, la lumière naturelle tombant d'une lucarne où se tient une femme qui épie la scène, pointe d'humour typique de Teniers. On doit aussi à Teniers les scènes d'intérieur où les personnages sont remplacés par des singes costumés (Singes jouant aux cartes et fumant, musée Pouchkine, Moscou), genre qui se prolongera jusqu'au xviiie siècle. Dans une période s'étendant de 1640 à 1650, Teniers abandonne ses intérieurs de cabaret pour des scènes en plein air, renouvelle le thème en vogue des kermesses et adopte une palette personnelle : il ajoute à la monochromie de Brouwer des teintes argentées, lumineuses. Il situe ses scènes dans un paysage naturel, suggérant l'esp [...]

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  • : conservateur des Musées nationaux, service d'études et de documentation, département des Peintures, musée du Louvre

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Pour citer l’article

Jacques FOUCART, « TÉNIERS LE JEUNE DAVID - (1610-1690) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/teniers-le-jeune-david/