JUMIÈGES ABBAYE DE

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Fondé par saint Philibert en 654, le monastère colombanien, puis bénédictin, de Jumièges prospère jusqu'aux invasions normandes qui le ravagent à partir de 844. Relevé en 928 par Guillaume Longue Épée, il est à nouveau pillé après l'assassinat de ce duc. L'église Saint-Pierre, bâtie vers la fin du xe siècle, l'édification de l'abbatiale Notre-Dame marquent les étapes du nouvel essor de l'abbaye voulu par le duc Richard II et par Guillaume de Volpiano, abbé de Saint-Bénigne de Dijon. Commencée au temps de l'abbé Thierry (1017-1028), consacrée en 1067, Notre-Dame constitue un des joyaux de l'architecture normande du xie siècle. Grâce à la prospérité de Jumièges aux xiiie et xive siècles, on en reconstruisit le chœur et le transept, ainsi que la majeure partie de Saint-Pierre. En 1449-1450, Charles VII séjourna à Jumièges en compagnie d'Agnès Sorel qui mourut au manoir du Mesnil-sous-Jumièges et dont le cœur fut enseveli dans l'abbatiale. Le régime commendataire et une gestion inadéquate entraînèrent la décadence du monastère, passagèrement endiguée au xviie siècle par la réforme mauriste. En 1790, les moines sont dispersés ; l'abbaye, vendue en 1795 comme bien national, est transformée en carrière et sera progressivement démolie. Préservées à partir de 1824, les ruines, décrites et dessinées par D. Turner, H. Langlois, J. S. Cotman, sont, après 1852, propriété de la famille Lepel Cointet (qui constitua le musée), puis rachetées par l'État en 1947. Monument historique depuis 1918, l'abbaye est ouverte aux visiteurs. Son musée, situé dans le logis abbatial sinistré en 1976, doit être rétabli.

Abbaye de Jumièges

Photographie : Abbaye de Jumièges

Abbaye de Jumièges (Seine-Maritime), la nef vue depuis le chœur, XIe-XIIe siècle. 

Crédits : Peter Willi/ Bridgeman Images

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Le massif occidental et les deux premières travées nord de la nef de l'église Saint-Pierre sont les vestiges de l'édifice du xe siècle. La façade présente un porche surmonté d'une tribune donnant sur la nef et flanqué de deux tours dont seul subsiste le niveau inférieur. Les deux travées restantes indiquent l'ordonnance de la nef : grandes arcades en plein cintre retombant sur des piles rectangulaires, oculi aveugles formant un second niveau, couloir de circulation ouvrant sur la nef par des baies géminées et passage dans l'épaisseur du mur (premier exemple connu en Normandie) faisant retour au mur ouest. La restitution du niveau supérieur reste controversée. D'étroits bas-côtés encadraient cette nef. Les caractères architecturaux, l'enterrement dans l'église de l'abbé de Saint-Wandrille, Ensulbert, en 993, suggèrent qu'à cette date la construction était achevée. Le reste de l'édifice, également ruiné, appartient à l'époque gothique : chœur jadis voûté d'ogives et abside à trois pans, nef moins homogène dont les arcades sud (xiiie s.) ne sont pas dans le même axe que les arcades nord (xive s.).

De l'abbatiale Notre-Dame bâtie au xie siècle sont conservés le massif-porche, la nef de quatre doubles travées flanquée de bas-côtés et le mur du transept rhabillé plus tard. Des fouilles ont permis de retrouver le plan à déambulatoire du chevet roman. Le massif occidental comporte un porche voûté en berceau surmonté d'une tribune et encadré de deux hautes tours dont les étages supérieurs, de forme octogonale, succèdent à des niveaux de plan carré. L'avancée du mur de façade entre les deux tours, l'existence de couloirs de circulation au rez-de-chaussée, les dispositions primitives de la tribune sont des traits archaïques qui relient ce massif-porche à une tradition d'origine carolingienne et offrent des éléments de comparaison avec l'art ottonien. Alternance des piles, principe du mur mince, élévation décroissante à trois étages, tribunes voûtées d'arêtes (comme les bas-côtés) caractérisent la nef qui n'était pas voûtée, mais comportait peut-être des arcs-diaphragmes comme à Saint-Vigor de Bayeux. Le transept offre à l'ouest un passage dans l'épaisseur du mur comparable à celui de Bernay. Une tribune était établie sur toute la longueur de chaque croisillon (parti adopté à la cathédrale romane de Bayeux). Le décor reste limité : les chapiteaux de la tribune occidentale, ceux des piles du transept et quelques fragments conservés au musée sont ornés de thèmes empruntés aux manuscrits anglo-saxons de l'école de Winchester. La date [...]

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Écrit par :

  • : agrégée de l'Université, docteur en histoire de l'art, attachée de recherche au C.N.R.S.

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Pour citer l’article

Maylis BAYLÉ, « JUMIÈGES ABBAYE DE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/abbaye-de-jumieges/