BERNAY ABBAYE DE

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La fondation à Bernay de l'abbaye bénédictine Notre-Dame par Judith de Bretagne, épouse de Richard II, duc de Normandie, se place entre 1008 et 1017. Après la mort de la duchesse (1017), Richard II confie à Guillaume de Volpiano, abbé de Fécamp et de Saint-Bénigne de Dijon, le soin d'achever la construction du monastère. Pendant quelque temps Bernay n'a pas d'abbé en propre et dépend de « gardiens », Thierry de Jumièges puis Raoul de Beaumont (1048-1060), abbés du Mont-Saint-Michel. C'est en 1061 qu'apparaît Vital, le premier abbé dont les textes fassent mention ; il préside aux destinées de l'abbaye jusqu'en 1076, date à laquelle Guillaume le Conquérant le met à la tête de Westminster. L'histoire de Bernay au cours des siècles suivant est assez mal connue. En 1249, un grave incendie dévaste les bâtiments. Au xve siècle, on remanie le bas-côté nord de la nef et l'abside de l'abbatiale. Le xvie siècle devait être particulièrement funeste ; en 1563, les troupes de l'amiral de Coligny saccagent l'abbaye, pillent son trésor et ses archives. Après 1628, avec la réforme mauriste, Bernay connaît une nouvelle période de grandeur (restauration des bâtiments, construction du réfectoire). L'abbatiale souffre cependant des aménagements (suppression de deux travées occidentales ; angelots en stuc plaqués sur les chapiteaux de la nef). Les mauristes n'enraient que partiellement la décadence de l'abbaye qui compte seulement sept moines à la Révolution française. Supprimée en 1790, elle fut affectée à divers usages de bâtiments municipaux. Utilisée comme écurie et halle aux blés, compartimentée en plusieurs locaux (gymnase, salle de musique, pompes funèbres, temple protestant, commissariat de police, etc.), l'abbatiale se dégrade rapidement. Le bras nord du transept disparaît en 1810 ; l'abside est détruite en 1827... Le logis abbatial du xviie siècle, bâti en damiers de brique et de pierre, abrite maintenant le musée, tandis qu'une restauration achevée en 1978 a remis en évidence l'importance de l'abbatiale pour l'histoire du xie siècle.

L'église comportait une nef de sept travées (réduite à cinq depuis le xviie siècle) à piles cruciformes flanquées de colonnes engagées à chapiteaux, des bas-côtés, un transept saillant (seul le bras sud est conservé) sur lequel ouvraient de hautes absidioles, un chœur de deux travées à collatéraux, un chevet bénédictin. Nef, transept et chœur sont dépourvus de voûtes, mais les bas-côtés du chœur ont des voûtes d'arêtes compartimentées par des doubleaux. Les collatéraux de la nef sont recouverts d'une succession de coupoles refaites au xviiie siècle ; il est probable que des voûtes d'arêtes les avaient précédées, encore que certains indices suggèrent l'existence de calottes dès l'origine. Nef et chœur sont à trois niveaux (grandes arcades, tribunes, fenêtres hautes), avec, dans la nef, au deuxième niveau, une alternance de baies géminées et d'arcatures aveugles. Il faut distinguer dans la construction plusieurs campagnes : l'examen de l'appareil, confirmé par la mise au jour récente de la base des piles, montre que l'on envisagea d'abord, dans le chœur comme dans la nef, d'établir des piles rectangulaires dépourvues de colonnes engagées ; cette implantation des fondations de l'ensemble de l'édifice doit remonter au temps de la duchesse Judith et peut-être au début de la reprise des travaux sous Guillaume de Volpiano. Très vite cependant, alors que seules les premières assises des piles étaient montées, intervint une modification de parti, avec adjonction des colonnes engagées, chapiteaux et arcs en boudin visibles actuellement (vers 1025-1050 pour le chœur et le transept ; vers 1040-1050 pour la nef). L'édifice présente un premier exemple en Normandie de piles cruciformes à colonnes engagées et de chevet échelonné ; l'emploi du passage dans l'épaisseur du mur au niveau supérieur du transept est riche d'avenir pour l'art anglo-normand, le jalon suivant étant le transept de l'abbatiale de Jumièges. Le décor sculpté est très développé. L'atelier du chœur et du transept a produit des chapiteaux tronconiques à tablette à décor très plat : motifs végétaux découpés symétriquement, quadrupèdes, grands oiseaux (chapiteau signé [...]

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Écrit par :

  • : agrégée de l'Université, docteur en histoire de l'art, attachée de recherche au C.N.R.S.

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  • Écrit par 
  • Marcel DURLIAT
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Dans le chapitre « La Normandie et l'Angleterre »  : […] Une seule province française, la Normandie, correspond à peu près à l'idée qu'on se faisait au xix e  siècle d'une école régionale. Encore faut-il lui adjoindre l'Angleterre soumise par Guillaume le Conquérant. Des conditions politiques très particulières favorisèrent un exceptionnel dynamisme artistique. En un temps record, et grâce au mécénat, les maîtres d'œuvre normands et leurs émules insulai […] Lire la suite

Pour citer l’article

Maylis BAYLÉ, « BERNAY ABBAYE DE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 10 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/abbaye-de-bernay/