Critique et essayiste anglais. Sa famille, d'origine hollandaise, donnait aux garçons une éducation catholique, et une éducation protestante aux filles. Walter Pater resta partagé entre des tendances diverses : un attachement sentimental pour le mouvement d'Oxford, pour le rituel et pour la liturgie ; une curiosité intellectuelle s'ouvrant sur l'hégélianisme et le relativisme ; une quête quasi mystique de la beauté, foyer où s'épanouit et s'épure notre vision du monde. Cet esthétisme a des liens avec le préraphaélisme, mais Pater l'érige en doctrine cohérente, en mode de vie. Célibataire, il trouva auprès de ses deux sœurs un foyer confortable et discret ; son élection, en 1864, comme fellow au Brasenose College d'Oxford, lui offrit une manière d'ermitage, propice à ses méditations et à la diffusion de son influence dans le cercle de disciples choisis.
Pater est l'expression parfaite, le produit le plus pur de ce que l'université anglaise peut apporter de raffinement à l'humanisme et d'élargissement à la culture — trop souvent indifférente en Angleterre aux valeurs de l'art —, en accueillant côte à côte l'Antiquité et le monde moderne, la peinture et la poésie, la Renaissance italienne et la française (Studies in the History of the Renaissance, 1873 ; Appreciations with an Essay on Style, 1889). Platon (Plato and Platonism : a Series of Lectures, 1893) est un centre d'où rayonnent et où reviennent sans cesse ses essais, mais Winckelmann et Coleridge, Wordsworth et Rossetti retiennent aussi son attention. Pater est plus qu'un critique littéraire : c'est un philosophe, un contemplatif, un distillateur des idées, des sensations et émotions que suscitent en lui tous les arts. Du monde extérieur il n'a connu que quelques paysages de France et ce qu'on pourrait appeler l'Italie des esthètes. La vie s'offre à lui comme un courant où flottent des Imaginary Portraits (1887), titre significatif, car tous ces profils d'exquis adolescents, frêles comme fleurs de serre, ces âmes ambiguës d'andro […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



