2. L'expérience du Bauhaus
Au cours de la Première Guerre mondiale, alors qu'il sert dans l'armée allemande, Gropius est recommandé par Henry Van de Velde comme directeur potentiel de l'École d'arts et métiers (Kunstgeweberschule) et de l'Académie (Hochschule für bildende Künste) du grand-duché de Saxe à Weimar. Appelé à ce poste en 1919, il combine les deux écoles pour fonder une nouvelle institution : le Bauhaus d'État (Das Staatliche Bauhaus). Dans le manifeste du Bauhaus (1919), Gropius appelle à l'unité des arts et des métiers, mettant en avant l'idéal de l'« œuvre d'art total » (Gesamtkunstwerk). Ce manifeste s'inscrit dans la mouvance de la culture artistique d'après guerre, agitée par les nombreuses organisations révolutionnaires regroupant artistes et architectes. Gropius était alors membre du Arbeitsrat für Kunst, une organisation qui, doutant des valeurs de l'âge industriel, pensait retrouver une culture unifiée par le biais du travail artisanal et d'un retour à l'esprit gothique. Au Bauhaus, les étudiants devaient être à la fois formés à la pratique et à la théorie, aux métiers et aux arts, suivant un enseignement fondé sur le modèle des guildes médiévales. Ainsi marqué par la culture expressionniste, le premier programme du Bauhaus sera également enrichi et infléchi par l'enseignement de nombreux artistes étrangers, tels Paul Klee, Wassily Kandinsky et Theo Van Doesburg, du groupe néerlandais De Stijl. À cette époque, le Bauhaus n'offre pas encore d'enseignement formel de l'architecture, et les projets de Gropius, tel le célèbre envoi pour le concours du Chicago Tribune (1922), sont exécutés dans son agence avec Adolf Meyer. La maison modèle Haus am Horn, conçue par Georg Muche et construite pour l'exposition du Bauhaus de 1923, sert néanmoins à mettre en avant l'idée de l'architecture comme objet ultime du travail de conception. C'est dans le cadre de cette exposition que Gropius tient une conférence, dans laquelle il annonce sa réconciliation avec la technique et le monde de la production.
Le […]
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