Bien avant d'être nommément « vers libre », le vers français s'est souvent autorisé la variabilité métrique. Il s'agissait des « vers irréguliers », ceux dont parle La Fontaine dans un Avertissement à ses premiers contes : « L'auteur a voulu éprouver lequel caractère est le plus propre pour rimer des contes. Il a cru que les vers irréguliers ayant un air qui tient beaucoup de la prose, cette manière pourrait sembler la plus naturelle, et par conséquent la meilleure. »
Un siècle plus tard, il n'est pas indifférent qu'à l'aube du romantisme on traduise si volontiers nombre de textes de littératures étrangères, souvent exotiques même, soit en prose, soit en un vers « libre » avant la lettre. On retrouve les traces de cette préférence jusque dans le choix de poèmes orientaux que Victor Hugo tient à joindre aux « Notes » de ses Orientales, le souci étant de ne pas trop « franciser » ces perles d'Orient.
Pour s'accomplir vraiment, la subversion radicale de la régularité métrique doit passer par toute une série de manifestations d'irrévérence : contestation hugolienne de la raideur de l'alexandrin, dans l'usage même de l'alexandrin (césure de position vari […]
