Originellement liée à la tragédie grecque dont elle désigne un moment, la strophe est un ensemble de vers reliés entre eux selon un schéma rythmique préétabli et/ou selon un système de rimes. Elle est encadrée par des lignes de blancs ou des silences et comporte parfois une césure. Un poème est composé la plupart du temps de strophes à structure identique. Cependant, il est possible de varier les formes strophiques à l'intérieur du poème. C'était même la règle à l'origine, dans le théâtre grec où le chœur chantait la strophe, l'antistrophe et l'épode (ce dernier sur un rythme différent) en traversant la scène par trois mouvements (strophein signifie « tourner »).
Comme la perception de la strophe en tant qu'unité autonome exige (au moins dans la poésie française) le retour des rimes identiques, la plus petite strophe est le quatrain. La disposition des rimes est soit ABBA, soit ABAB (embrassées ou croisées), avec obligation de changer les rimes féminines en masculines et inversement dans la strophe suivante. La solidarité des vers à l'intérieur de la strophe peut être renforcée par l'alternance des vers courts et longs en accord ou non avec celle des rimes. Dans la strophe couée (de caudatus qui signifie « à queue »), les vers courts sont reliés par la même rime.
Dans les strophes plus longues (quintil, sixain, septain, huitain, neuvain, dizain, etc.), le poète met en place des repères de plus en plus nombreux. À mesure qu'elles deviennent plus complexes, les axes de symétrie passant par une « rime charnière » (Morier) ou entre deux vers — césure strophique — se conjuguent de plus en plus avec la structure sémantique de la strophe. Mais l'enjambement est possible et peut être très efficace.
Certains genres poétiques ont une formule régissant l'agencement des rimes, tel le sonnet : ABBA-ABBA-CCD-EED.
Véronique KLAUBER
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