Depuis le début des années 1990, la disparition de l'U.R.S.S., l'accès aux sources historiques, la libération de la mémoire ont ouvert une nouvelle étape qui permet de mieux comprendre le passé récent, mais encore largement méconnu d'un des pays qui ont le plus marqué l'histoire du xxe siècle. Rarement illusions, erreurs de jugement ont été aussi largement partagées. L'accès fermé aux documents, la forte charge politique, idéologique, émotionnelle qu'a représentée, durant la majeure partie du xxe siècle, un pays qui se présentait lui-même comme radicalement différent, ont déréglé les pendules du temps historique, soumis kremlinologues et soviétologues à de redoutables tentations, entre la recherche des « secrets du Kremlin » et celle d'un modèle théorique qui permettrait de trouver une cohérence globale au « système soviétique ».
Les approches globalisantes des uns et des autres ont souvent souffert d'abstraction. Partant de l'idée d'un État tout-puissant exerçant un contrôle absolu sur une société atomisée, devenue docile à la suite d'un endoctrinement massif, le modèle totalitaire en est venu à négliger nombre de composantes de la réalité historique de ce que l'on pourrait, à juste titre, appeler la « période soviétique de l'histoire russe » : le tissu social, la culture et les contre-cultures qui modèlent, souvent plus que les dogmes officiels, les relations entre la société et l'État, les espaces d'autonomie du social et du démographique, plus nombreux qu'on ne l'a souvent écrit. Loin d'avoir été un système figé, résultat d'un processus historique maîtrisé par un parti-État omnipotent, le « système soviétique » a évolué, passant d'un système totalitaire sous Staline à un système que l'on pourrait qualifier d'autoritaire au cours des trois décennies de « sortie du totalitarisme » (milieu des années 1950-milieu des années 1980) qui ont précédé l'implosion de l'U.R.S.S.. S'impose alors la problématique du « changement de modèle », qui seule permet de conceptualiser un c […]
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