6. L'obsession de la stabilité (1965-1985)
Les années 1965-1985 apparaissent comme deux décennies hautement paradoxales. Sous la rigidité apparente d'un système aspirant à une stabilité érigée en véritable dogme, la société soviétique se transforme en profondeur. État et société semblent, en partie, s'ignorer et évoluer chacun de son côté : l'État ne cherche plus à prendre l’initiative, à mobiliser les masses pour quelque projet mythique, se contentant de gérer les affaires courantes ; laissée à son évolution, la société fait semblant d'adhérer au discours officiel, tout en poursuivant sa propre transformation.
• Le brejnévisme, âge d'or de la nomenklatura
Une des premières mesures prises par la nouvelle équipe, où l'on remarque particulièrement Brejnev, Kossyguine, Mikhaïl Souslov (membre du Presidium responsable à l'Idéologie), Nikolaï Podgorny (chef du département des cadres du comité central), Alexandre Chelepine (président du comité de contrôle du parti), est le rétablissement, à tous les échelons, de l'unité des organisations du parti, divisées en deux branches par la réforme de novembre 1962. Au cours des années 1970, le corps des dirigeants régionaux du parti (qui constitue la majorité des membres du comité central) obtient enfin la stabilité à laquelle il aspirait depuis la période stalinienne. Cette évolution va de pair avec un enracinement local des bureaucraties, d'autant que les responsables, une fois nommés, le restent pour longtemps. Cet enracinement et cette stabilisation favorisent le clientélisme, et un système de valeurs où la fidélité et le parrainage priment sur la compétence et les principes idéologiques. Les années 1970 marquent l'âge d'or d'une sorte de « féodalité soviétique » contre laquelle Staline, puis Khrouchtchev avaient lutté sans relâche, le premier par la terreur institutionnalisée, le second par des moyens légaux.
Malgré des divergences, la nouvelle équipe tente de maintenir, à tout prix, un cap centriste et d'équilibrer les diverses tend […]
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