Pendant quatre siècles, on a fumé comme on buvait du café : par goût, par plaisir et comme un luxe. Beaucoup plus récemment, on s'est mis à fumer, non plus parce que l'on aime fumer, mais plutôt parce que l'on n'aime pas ne pas fumer. La nature du produit a changé, son mode de consommation s'est modifié, les quantités absorbées ont augmenté : le monde découvre que ce plaisir si facile et anodin peut devenir un fléau social, et l'est bien souvent devenu. On appelle toxicomanie la tendance à absorber un produit toxique susceptible d'engendrer l'assuétude (dépendance psychique et physique) et l'accoutumance qui entraîne à augmenter les doses absorbées. L'usage du tabac a longtemps semblé n'induire aucune dépendance physique. Cela n'est plus le cas de nos jours. L'Organisation mondiale de la santé, dans sa Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé (CMI-10, 1993-1996), range parmi les « troubles mentaux et du comportement liés à l'utilisation de substances psycho-actives » les troubles liés à l'utilisation du tabac et caractérise le syndrome de dépendance que la consommation répétée de ce dernier peut amener.
On fume de nos jours bien plus qu'autrefois ; on fume autre chose, « grillant » cigarette sur cigarette, alors que nos grands-parents savouraient pipe ou cigare ; on fume différemment, en inhalant profondément la fumée. Une « véritable révolution tabagique » s'est produite lorsque furent manufacturées les premières cigarettes : plus commodes que la pipe ou le cigare, dégageant une fumée moins irritante, elles ont permis la transformation d'un usage, fût-il excessif, en manie toujours dangereuse.
Pourtant, il semble à l'heure actuelle encore difficile d'être absolument hostile au tabac ; est-on hostile au raisin ou au café ? La plante n'est pas démoniaque et sa culture fait vivre un grand nombre de familles ; la transformation très complexe de ses feuilles et leur commercialisation assurent d'importantes recettes privées ou publiques.
Pourtant, les autorités […]
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