Il n'est pas sûr que le sensualisme puisse être traité comme un système de pensée aux contours bien définis, partagé par une lignée d'auteurs importants. Le terme même est équivoque, et son usage est discuté. Le seul auteur que l'on donne pour représentatif, Condillac (1714-1780) avec son Traité des sensations (1754), ne l'a pas employé, puisqu'il n'entre dans la langue française qu'au xixe siècle.
Sensualisme peut s'entendre dans un sens large, mais qui risque d'être compris de façon péjorative : il désigne alors une pensée qui valorise tant le sensoriel que le sensuel dans l'ordre de la connaissance et dans l'ordre moral. Mais alors, le terme n'est pas utilisé pour identifier des doctrines ou des auteurs. L'école épicurienne qui paraît correspondre à cette définition est loin de s'en remettre aux sens, sauf pour ceux qui la caricaturent. Il y a un ordre de la nature qui s'impose dans l'usage des sens et nous ne pouvons atteindre la sagesse dans la pratique des plaisirs qu'en nous référant à lui.
Dans un usage plus strict du terme, le sensualisme paraît ne concerner que la connaissance. C'est pourquoi certains lui préféreraient le terme […]
