5. Mythe et réalités
Dès 1934, l'attitude ambiguë de Dalí à l'égard d'Hitler, ses prises de positions politiques parfois douteuses et son penchant pour le classicisme dégradent ses relations avec Breton et les surréalistes. La rupture est consommée à son retour en Europe après la Seconde Guerre mondiale passée en exil aux États-Unis. À compter de cette époque, la carrière de Dalí prend un tour déconcertant. Touche-à-tout génial ou imposteur rusé, tantôt peintre, tantôt écrivain, il passe avec aisance à la création de robes, de bijoux ou encore de mobilier autant pour son plaisir que par facilité et appât du gain. Celui pour qui Breton forgea l'anagramme « Avida Dollars » renouvelle toujours son art à la source des découvertes scientifiques contemporaines telles que la nature corpusculaire de la matière ou les recherches en optique et en biologie, mais semble surtout passionné par un hypothétique espoir de cryogénisation. Son œuvre s'oriente parallèlement vers une religiosité et un mysticisme exacerbés, tandis qu'il emprunte aux mouvements contemporains (expressionnisme abstrait, pop art ou encore op art) de nouvelles solutions plastiques. « Agent simulateur » qui ne sait lui-même – il l'affirme à Alain Bosquet – quand il ment et quand il dit la vérité, Dalí, depuis son appartement parisien de l'hôtel Meurice, travaille alors essentiellement à la construction de son mythe personnel : publications telles que Comment on devient Salvador Dalí (1973), entretiens télévisés, publicités, Dalí pose dans des tenues extravagantes et un décor surchargé ; son entourage étonne. Ces mises en scène ne manquent pas de frapper le public et lui garantissent, ainsi que la lisibilité et l'inquiétante étrangeté de ses œuvres, un important succès populaire dont témoigne aujourd'hui la fréquentation des musées entièrement consacrés à son œuvre à Figueras, Cleveland (Ohio) et Saint Petersburg (Floride).
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