3. La méthode « paranoïaque-critique »
Passionné de longue date par la psychanalyse de Freud et les études psychopathologiques de Richard von Krafft-Ebing (en particulier l'ouvrage Psychopathia sexualis paru en 1886), Dalí développe dans les années 1930 sa méthode dite « paranoïaque-critique », « instrument de tout premier ordre » dont Dalí, de l'avis de Breton, dote alors le surréalisme. La principale originalité de cette méthode tient à sa dimension active et volontaire opposée à la passivité des hallucinations recherchées jusque-là par les surréalistes, de même qu'à son association avec une forme de folie ou de dérèglement mental. Telle est l'ambivalence de l'art de Dalí, qui oscille entre l'application consciencieuse et systématique des manuels de psychanalyse et la manifestation de troubles réels, ce que Dalí résume dans son Journal d'un génie : « Je n'ai jamais refusé à ma féconde et élastique imagination les procédés de recherche les plus rigoureux. Ils ne firent que donner de la rigidité à ma loufoquerie congénitale. » Au-delà d'une fantaisie débridée règne la cohérence d'une œuvre fondée sur la récurrence de motifs obsessionnels. Le délire systématique qui résulte de la méthode paranoïaque-critique engendre une forme de savoir irrationnel fonctionnant essentiellement par associations et créant des « images qui provisoirement ne sont pas explicables ni réductibles par les systèmes de l'intuition logique ni par les mécanismes rationnels ». La Conquête de l'irrationnel, paru en 1935, offre la discussion la plus approfondie (esquissée dans une première publication, La Femme visible, 1930) des principes développés par Dalí : « Toute mon ambition sur le plan pictural consiste à matérialiser avec la plus impérialiste rage de précision les images de l'irrationalité concrète. Que le monde imaginatif et de l'irrationalité concrète soit de la même évidence objective, de la même consistance, de la même dureté, de la même épaisseur persuasive, cognoscitive et communicable, […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



