« Il existe, dit Umberto Eco, deux façons d'être maître. Il y a le maître qui travaille en offrant sa vie et son activité comme modèles, et il y a le maître qui passe sa vie à construire des modèles, théoriques ou expérimentaux, à appliquer. Barthes appartenait, indéniablement à la première catégorie. »
Plus suggestif que directif, Roland Barthes, en effet, n'est pas et n'a pas voulu être un maître à penser. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'ait pas à nous apprendre. Il nous a permis notamment de déchiffrer les systèmes de signes qui sont à l'œuvre dans toute manifestation du social ; de mieux comprendre ce qu'est la littérature ; d'entrer dans le champ de l'imaginaire et d'y voir jouer les figures qui le composent. Il a considérablement changé notre regard sur le monde et les êtres.
Il l'a fait sans imposer des dogmes, mais en proposant des concepts qui continuent de mettre de l'intelligible et des structures là où il n'y avait que de l'impressionnisme. Cela grâce à une écriture, une voix qui privilégient la sympathie et l'intersubjectivité et semblent parler directement à chacun de nous. Son œuvre, une des moins effarouchantes qui soient, est de celles qui s'imposent à nous, par son authenticité et son humanité.
1. Vertige du déplacement
L'œuvre de Barthes étonne, de prime abord, par sa variété, son ouverture, son attention tous azimuts. Diverse dans son objet (Barthes semble parler de tout : de Sade et de Beethoven, de Racine et du bifteck-frites, du catch, du strip-tease, du lied allemand et de Brecht) ; diverse dans sa méthode (il paraît changer souvent de vêtements théoriques, essayant tour à tour une critique thématique à la Bachelard dans Michelet par lui-même, une psychanalyse ethnologique inspirée du Freud de Totem et tabou dans Sur Racine et un structuralisme strict dans Système de la mode) ; diverse dans son idéologie (tenu à ses débuts pour un marxiste intransigeant – parce que veillant à l'orthodoxie de l'introduction en France des écrits et des théories de Brecht –, il se fai […]
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