C'est un Polaroid énigmatique de Daniel Boudinet qui ouvrait l'ouvrage de Roland Barthes sur la photographie, La Chambre claire (1980) : « La photographie – ma photographie –, écrivait Barthes, est sans culture : lorsqu'elle est douloureuse, rien, en elle, ne peut transformer le chagrin en deuil. » Aussi, l'exposition conçue par la galeriste Viviane Esders, Daniel Boudinet-Roland Barthes, présentée dans le cadre des dix ans du Mois de la photo, dédié à la mémoire du philosophe, apparaissait-elle, sans aucune préméditation, comme le premier hommage posthume et donnait à l'ensemble de la biennale une certaine gravité. Dès 1977, Barthes présentait, dans un texte paru dans une livraison de la revue Créatis, l'œuvre de Daniel Boudinet : « C'est une ligne de crête entre deux abîmes : celui du naturalisme et de l'esthétisme [...]. Une sorte d'invitation silencieuse à [...] philosopher. » Classique par la forme, tour à tour paysagiste, photographe d'architecture, portraitiste, à l'aise dans la couleur comme dans le noir et blanc, Daniel Boudinet est un photographe de la vie intérieure, ou plutôt, serait-on tenté de dire, d'un qui-vive intérieur.
D'une ca […]
