5. Barthes par Barthes
On comprendra que le texte ne se présente pas comme objet de discours scientifique et de théorie (comme l'était auparavant le signe), mais bien plutôt comme le générateur d'un discours métaphorique et subjectif, bref d'une écriture. « La pratique d'une écriture textuelle, dit Barthes, est la véritable assomption de la théorie du texte. » Entendons qu'il désigne ainsi la mutation personnelle qui l'a changé d'un simple « intellectuel » en un des « écrivains » les plus étonnants et les plus originaux de notre temps. Cette mutation est apparente dès 1970, avec L'Empire des signes, carnets d'explorateur issus des voyages que Barthes fit au Japon. Pris de passion pour ce pays qui le fascinait par l'élégance de sa sensualité, il s'attache, bien que n'en connaissant ni la langue, ni la culture, à lire celui-ci comme un texte et à analyser, avec le regard d'un ethnologue, les systèmes de signes qu'il y perçoit dans chaque spectacle du quotidien. Ce livre marque un tournant important dans l'œuvre de Barthes. On y voit en effet l’écrivain se dégager des appuis « scientifiques » auxquels il avait jusqu'alors recours (le marxisme, la linguistique ou la psychanalyse), abandonner le discours construit et continu de la dissertation pour un texte fragmenté et, plaçant le sujet écrivant sur le devant de la scène, se mettre pour la première fois à dire « je ». On comprend que Barthes ait pu dire que c'était là son ouvrage le plus « heureusement écrit ».
Ce retour de l'auteur s'affirme encore davantage lorsque, en 1971, les éditions du Seuil proposent à Barthes, comme une gageure, d'écrire pour la collection Écrivains de toujours, dans laquelle, vingt ans plus tôt, il avait publié Michelet, un « Roland Barthes par lui-même ». Cette offre séduit Barthes parce qu'elle correspond à sa recherche nouvelle qui est de mettre en scène le « sujet », d'étudier comment s'établissent ses goûts et ses dégoûts, ses pulsions et ses répulsions, comment se met en œuvre une fantasmatique. R […]
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