Photographe suisse émigré aux États-Unis, Robert Frank déserte très vite l'univers new-yorkais de la mode pour l'exploration du monde et porte un regard aigu, voire sévère sur ses contemporains. Si elle a fait école, cette manière de photographier sera abandonnée par un auteur de plus en plus intéressé par le cinéma expérimental, et enfin par la vidéo. L'œuvre prolifique de Frank reste marquée par la liberté de ses choix et la constance d'une certaine subjectivité.
1. Un photographe en liberté
Robert Frank naît le 9 novembre 1924 à Zurich. Formé à la photographie dès l'âge de dix-sept ans par un premier emploi d'assistant, il commence à photographier pour lui-même et rassemble en 1946 quarante de ses meilleures images dans un album fièrement intitulé Robert Frank, 40 photographs. Ce qui inaugure une imposante bibliographie va être aussi à l'origine de sa carrière professionnelle.
Robert Frank émigre aux États-Unis en 1947, s'installe à New York et parvient la même année à rencontrer Alexey Brodovitch. Convaincu de découvrir un talent, le tout-puissant directeur artistique de Harper's Bazaar l'embauche comme photographe de mode. Cependant l'univers des studios, fréquenté pour une collaboration féconde avec Harper's Bazaar, Fortune, Life et Look, se révèle vite trop étroit pour le jeune homme qui entreprend dès 1948 de voyager au Pérou, en Bolivie, et l'année suivante, en Europe, avec la France, l'Italie, la Suisse et l'Espagne. Partout, Frank pose le même regard sur les lieux qu'il traverse et les gens qu'il rencontre : une vision humaniste inspirée de la période new-yorkaise de Walker Evans, abolissant la distance qui sépare le reporter ou l'artiste de ses sujets. À la différence de Henri Cartier-Bresson qui allait bientôt publier son texte « L'Instant décisif », dans Images à la sauvette (1952), la proximité prime le cadrage, l'impatience du déclenchement devance le calcul de la scène. Frank réalise en 1949 un album de soixante-quatorze de ses photographies de Paris pour Mary Lockspeiser, […]
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