2. L'expérience passionnelle du cinéma
La publication de The Americans est contemporaine des débuts de Robert Frank comme cinéaste, qui co-réalise Pull My Daisy en 1959 avec le peintre Alfred Leslie dans son atelier de la quatrième avenue à Manhattan. Tourné en 16 mm, sur une esquisse de scénario de Jack Kerouac, avec des chansons écrites par Neal Cassidy et David Amram, le film rassemble trois autres acteurs de la Beat Generation, Allen Ginsberg, Gregory Corso et Peter Orlovsky. Pull My Daisy remporte le premier prix au festival de San Francisco. Deux ans plus tard, un livre du même titre, illustré de 49 photogrammes, inaugure le long travail de Frank entre cinéma et image fixe. La réalisation la même année de Sin of Jesus, qu'il réalise seul, cette fois, comme les quelque 25 titres de sa filmographie, met en scène la fiction onirique d'un couple ordinaire, inspirée d'un conte d'Isaac Babel, et confirme l'influence de la Nouvelle Vague du cinéma français, bien accueillie par la jeune génération des artistes new-yorkais. OK End Here, tourné en 1963, recentre le travail de Frank sur le scénario d'une tragédie bourgeoise, servi par une syntaxe cinématographique élaborée.
Le cinéma devient alors la préoccupation majeure de Robert Frank. Cofondateur du New American Cinema Group en 1960, de la Film Maker Cooperative en 1962, il visite en photographe le festival de Venise de 1961. La réalisation de Me and My Brother (1969), long-métrage de 91 minutes interprété par Julius Orlovsky, le frère du poète et ami du cinéaste, demandera trois années de travail, consacrant la distance prise par Robert Frank avec la photographie. Le film, qui comporte quelques séquences en couleurs, développe sur le mode de la fiction une réflexion intime qu'on retrouve dans les courts-métrages Kaddish (1963-1964) et l'autobiographique Conversations in Vermont (1969), réalisé avec ses enfants Pablo et Andrea. En 1969, Robert Frank divorce d'avec Mary Lockspeiser pour vivre avec la sculptrice June Leaf, d'abord dans le […]
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