4. Le spiritualisme
On tient habituellement Porphyre pour l'éditeur et le vulgarisateur de Plotin. Cette vue est exacte, mais incomplète. Il est vrai que Porphyre a publié les écrits de son maître sous le titre Ennéades, qu'il les a commentés, résumés et paraphrasés abondamment. Des recherches ont montré que la fameuse Théologie d'Aristote, conservée en traduction arabe (et en traduction latine, dans une autre version), est en fait une paraphrase porphyrienne des écrits de Plotin. Cet ouvrage a véhiculé les idées néo-platoniciennes dans le monde arabe et le monde occidental.
Pourtant, en éditant et en commentant Plotin, Porphyre a subtilement transformé ou déformé la pensée du maître. Déjà l'édition des Ennéades laisse entrevoir ces interventions. À l'ordre chronologique des écrits, Porphyre a substitué un ordre systématique fondé sur une division très particulière des parties de la philosophie qui correspond aux étapes d'un progrès spirituel : éthique, physique, théologie (ou métaphysique). Mais, surtout, si l'on entend par spiritualisme une philosophie centrée sur la réalité substantielle et les caractéristiques propres de l'esprit, on pourra dire que Porphyre a donné au plotinisme la forme d'un spiritualisme. Par exemple, les Sentences introduisant aux intelligibles (petit recueil dans lequel Porphyre expose ses conceptions métaphysiques fondamentales) insistent fortement sur l'opposition radicale entre la substance intelligible (ou spirituelle), dont les parties sont intérieures les unes aux autres, et la substance matérielle, dont les parties sont extérieures les unes aux autres. Il définit ainsi ces deux types de réalité d'une manière que Bergson, en éliminant tout substantialisme, retrouvera dans l'Essai sur les données immédiates de la conscience. Le spiritualisme porphyrien est particulièrement manifeste dans la pensée du jeune Augustin, telle qu'elle s'exprime dans ses Dialogues de Cassiciacum.
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