3. La critique du christianisme
Si le christianisme était, comme le judaïsme, la religion traditionnelle d'un peuple particulier, Porphyre lui ferait une place dans son système religieux, à côté des autres religions qui sont subordonnées à la religion du philosophe. Mais, d'une part, alors qu'il est privé de tout fondement historique, le christianisme prétend être la religion universelle et absolue, d'autre part, il implique une conception absurde et irrationnelle de la divinité. Il est donc condamné, aussi bien du point de vue des religions particulières que du point de vue transcendant de la philosophie.
La religion chrétienne n'est pas fondée historiquement. Elle prétend sans doute s'enraciner dans la tradition juive, mais les chrétiens ne font que s'approprier l'histoire du peuple juif, dont pourtant ils ne respectent pas les traditions nationales. Or, rien ne justifie cette appropriation : les écrits juifs n'ont rien à voir avec le christianisme. Et, d'ailleurs, il ne subsiste rien de l'œuvre de Moïse ; tous ses ouvrages ont été brûlés avec le Temple. Ce qui existe sous son nom a été composé plus de mille ans après sa mort par le grand prêtre Esdras. De même, le Livre de Daniel ne date pas du temps de Cyrus ; c'est une prophétie post eventum composée au temps d'Antiochus Épiphane. On voit par là comment Porphyre devance les conclusions de la critique historique moderne. Les traditions proprement chrétiennes n'ont pas plus de valeur historique. Les récits évangéliques sont remplis de contradictions et d'incohérences ; les Apôtres ont déformé l'enseignement de Jésus. Ainsi, le christianisme n'est pas assuré de l'authenticité de ses propres traditions.
Porphyre s'en prend, d'autre part, à la conception absurde que les chrétiens se font de Dieu ; le Dieu qui est le leur est un tyran aux caprices imprévisibles qui a accompli et accomplira une suite d'actions totalement arbitraires : la création du monde à un moment du temps, l'élection du peuple juif, l'Incarnation, la Résurrection, enfin la destruction du monde qu'il avait lui-même créé. On dira « Dieu peut tout ». « Cela n'est pas vrai, répond Porphyre, Dieu ne peut faire que deux fois deux fassent cent et non pas quatre. Sa puissance n'est pas l'unique règle de ses actes et de sa volonté. Il observe la loi de l'ordre. »
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