Pola Negri fut l'une des plus adulées et des plus excentriques, sinon des plus talentueuses, stars de l'écran. Elle peaufina dans une quarantaine de films, européens ou américains, son personnage de belle ténébreuse, de « dame en noir » au sex-appeal ensorceleur. Très admirée, dit-on, de Lénine et de Hitler, elle fut un temps la maîtresse de Charlie Chaplin, avant de tomber éperdument amoureuse de Rudolph Valentino, et de devenir une de ses « veuves » les plus éplorées. Avec Clara Bow, Mary Pickford, Gloria Swanson et Greta Garbo, elle est, la cinquième étoile majeure de la constellation hollywoodienne en son âge d'or – après avoir été l'une des reines du cinéma allemand.
D'origine polonaise, elle naît à Janowa, en Poméranie. Sa mère, de souche aristocratique, la pousse vers une carrière de danseuse. Elle sera l'élève de Michel Fokine, un émule de Nijinski. Pour ses débuts à la scène au Maly Teatr de Varsovie, elle troque son nom de Apolonia Chałupec pour le pseudonyme aux consonances latines de Pola Negri. Elle joue au théâtre à Berlin sous la direction de Max Reinhardt et se taille un joli succès en bayadère dans une pantomime orientale, Sumurun. Après avoir tourné plusieurs films en Pologne avec Alexander Mertz, elle rencontre Ernst Lubitsch, qui va devenir son réalisateur fétiche (Les Yeux de la momie, 1918, Carmen, ibid.). Elle incarne pour lui une Madame Du Barry (1919), affriolante à souhait, subjuguant Emil Jannings dans le rôle de Louis XV. Dès lors, sa voie est tracée : elle sera une maîtresse femme, à la sensualité dévorante. On la voit ainsi en Sapho, en Dame aux camélias et même en demi-mondaine de Montmartre (Die Flamme, 1922). Pola Negri se retrouve bientôt à Hollywood, métamorphosée par Lubitsch en Grande Catherine, dans Paradis défendu (1924) : ce sera un triomphe pour tous deux. Son abattage lui permettra de tenir la dragée haute à sa rivale de la Paramount, l'ombrageuse Gloria Swanson. De tempérament cosmopolite par excellence, Pola Negri se glisse avec la même aisance dans […]
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