De la même génération que John Ford et que Howard Hawks, Raoul Walsh est le troisième grand cinéaste classique de l'âge d'or de Hollywood. À l'instar de Ford ou de Hawks, il ne s'est pas cantonné dans un genre ; il est toutefois resté fidèle à ses thèmes personnels, au fil des divers scénarios imposés par les studios. Comme eux, il fut un important réalisateur du muet, avant de poursuivre son œuvre dans le cinéma parlant. Lui aussi connut une vie très mouvementée avant de faire du cinéma : ce n'était pas un intellectuel mais un homme d'action, qui a vécu le cinéma comme une aventure.
1. L'aventurier de Hollywood
Fils d'un émigré irlandais, Raoul Walsh est né à New York en 1887. Son père était un dessinateur de vêtements très bien introduit dans la société cultivée de New York, et le jeune Raoul rencontra chez ses parents nombre d'écrivains, dont Mark Twain. Il avait beaucoup d'admiration pour sa mère, mi-irlandaise mi-espagnole, dont la beauté le fascinait (on peut trouver le reflet de cette fascination dans le personnage d'Yvonne de Carlo, la belle métisse de Band of Angels). Walsh avait une quinzaine d'années à la mort de sa mère ; il quitte alors New York, et s'embarque comme mousse sur le bateau d'un de ses oncles, qui commerçait avec La Havane. Lors d'une escale à Vera Cruz, à la suite d'une tempête, le jeune homme apprend à manier le lasso et devient cow-boy. Ses aventures, narrées avec beaucoup d'humour dans son autobiographie Each Man in His Time, donneront plus tard à ses westerns leur couleur et leur authenticité : Walsh ne peint pas un Ouest mythique, mais celui qu'il a connu dans sa jeunesse ; après une expérience comme aide-chirurgien (au Far-West !), il revient à New York. Il est acteur au théâtre, puis au cinéma – encore balbutiant – dans les petits films du français Émile Couteau (1913). C'est ainsi qu'il rencontre Griffith (rencontre déterminante de celui qui deviendra son maître) et qu'il part avec lui à Hollywood, lors de la fondation de la Biograph : Hollywood naît sous les yeu […]
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