En 1945, un homme, seul, pénétrait la musique. Le choc eut lieu par contestation et non par adhésion inconditionnelle aux nouvelles idées musicales de l'époque. Il devait nourrir une inquiétude vigilante, face aux réponses – aussitôt académiques – des assoiffés de modernité turbulente. Il faisait surgir d'une réalité musicale exténuée la véritable contestation qui devait s'affirmer comme le vecteur de toute sa vie artistique.
1. L'analyste, le pédagogue et le théoricien
La contestation de Pierre Boulez (né le 26 mars 1925 à Montbrison, dans la Loire) se porte immédiatement sur l'enseignement qu'il reçoit : la découverte de l'école de Vienne (Arnold Schönberg, Alban Berg, Anton von Webern) n'est alors ressentie que comme un point de départ ; le cours d'analyse d'Olivier Messiaen comme une plate-forme de lancement des fusées à venir. Les premières (Le Soleil des eaux, 1946 ; Deuxième Sonate pour piano, 1948) traversaient peu après l'espace musical assez terne de l'époque. Elles apparurent à beaucoup comme des objets étranges, délivrés de la pesanteur et qui se désintégreraient immanquablement en rentrant dans l'atmosphère terrestre !
La contestation se prolongera dans l'enseignement que Pierre Boulez dispense, à son tour, à la Musik-Akademie de Bâle (1960-1963) et à l'université Harvard (1963), où il cherche avant tout à « déclencher l'inquiétude » ; il jugera ses élèves, entre autres critères, à leur degré de révolte. Alors qu'élève il avait refusé la « dévotion au père », il refuse les « fils spirituels », qu'il qualifie souvent d'« épigones ».
Cet enseignement pose les bases d'une nouvelle conception de l'analyse musicale. S'opposant à ceux qui ne s'attachaient qu'aux rapports des notes entre elles et non aux rapports des formes, il cherche les « raisons » de l'écriture plus que la facilité des inventaires. « L'analyse, a écrit Pierre Boulez, n'est productive que si l'on réagit par rapport à elle. » Et d'en conclure que l'originalité d'un élève se décèle aussi à la qualité de son investiga […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 6 pages…



