3. Le compositeur
Le compositeur aborde, dès ses premières œuvres, d'essentiels problèmes de forme : dialectique du « fixe » et « flou », aspect « réseau » plus que « schéma » d'une structure musicale, idée que la forme se crée à partir de déplacements. Plus précisément, que c'est par un ensemble de « déductions » que le créateur passe de l'Idée à l'œuvre. En d'autres termes, ce seront les « conséquences » du matériau qui détermineront la structure.
Par ailleurs, il faut remarquer l'attachement du compositeur à la notation, à l'écriture de la partition. Il n'y consacrera pas moins de trois leçons au Collège de France. Sa grande expérience de l'orchestre l'autorise à juger de l'efficacité de la notation, et de statuer qu'au-delà d'une certaine complexité il ne peut y avoir qu'approximation et désordre.
Cette position a sûrement déterminé la relative économie avec laquelle il use de ce prodigieux instrument qu'il a créé en 1977 et dirigé pendant quinze ans, jusqu'en 1992, l'I.R.C.A.M. (Institut de recherche et de coordination acoustique/musique). Alors qu'aujourd'hui, les sirènes de l'Informatique musicale ensorcellent trop de compositeurs et les conduisent parfois à un automatisme stérile, on ne peut qu'admirer l'emploi qu'en fait le compositeur de Répons ; usage parfaitement contrôlé, parfaitement maîtrisé. L'I.R.C.A.M. n'en reste pas moins un prodigieux laboratoire où s'élaborent des logiciels très performants dont s'empareront avec grand talent et en dehors de tout « bricolage » des compositeurs comme Philippe Manoury ou Tristan Murail, entre autres.
Fait singulier, il apparaît difficile de classer l'œuvre de Pierre Boulez en époques ou périodes, car souvent une œuvre se trouvera modifiée, réorchestrée, repensée au cours des années. D'autres, au contraire, seront fixées définitivement dès leur création ; certaines, enfin, parcourent la vie du créateur tel un « journal ».
C'est d'ailleurs le mot qu'emploie le compositeur dans le programme du concert du 7 novembre 2006 à propos de la dernière versi […]
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