« Pour un musicien, il existe une position – toujours et dans chaque cas – de choix, actif ou passif, conscient ou non, face à la structure de la société contemporaine. L'homme-musicien mesure – et choisit – sa participation inventive, créatrice, par rapport à la réalité de son propre temps, et établit la valeur de son témoignage. Cela est en rapport direct avec la rencontre économico-idéologique qui marque l'époque » (Nono, en 1964). Luigi Nono a toujours été, et cela dès ses débuts dans les années 1950, un musicien « engagé ». Pour lui, une voie crédible pour la musique exigeait une technique de composition résolument contemporaine. En même temps, cette musique devait être intimement liée à la prise de conscience du présent par l'homme-musicien responsable et devait dépasser le fait musical pur. Enfin, cette position d'« intellectuel organique » (selon Antonio Gramsci) exigeait de l'artiste un engagement total. Nono ne fut pas seulement un des plus importants compositeurs de la seconde moitié du xxe siècle, il en a été le plus important agitateur moral.
1. Le creuset de Darmstadt
Luigi Nono naît à Venise le 29 janvier 1924. Il suit les cours de composition que dispense Gian Francesco Malipiero, à qui il doit surtout les bases de ses larges connaissances de l'histoire de la musique. Après un diplôme de droit obtenu à l'université de Padoue, il reprend ses études musicales en 1946 auprès de son futur ami, le compositeur et chef d'orchestre Bruno Maderna, et devient en 1948 élève de Hermann Scherchen, qui va l'influencer aussi bien sur le plan musical que sur les plans culturel et politique. Aux cours d'été de Darmstadt de 1950, Scherchen crée sa première œuvre, les Variations canoniques sur la série de l'op. 41 de Schönberg pour orchestre. Dès lors, Nono va faire partie, d'abord comme étudiant, ensuite comme enseignant jusqu'en 1960, de ce « laboratoire de la musique sérielle » de Darmstadt, sans pour autant utiliser systématiquement dans ses œuvres d'avant 1955 (jusqu'à Inco […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



