3. Phases, pôles et types d'analyse
Il reste que les analystes n'ont pas la même théorie de cette pratique, de son type d'objet, et de ses résultats. On associe les théories analytiques soit avec la vue métaphysique que Russell appela « atomisme logique », soit avec les doctrines supposées antimétaphysiques du positivisme logique, soit avec une conception sans arrière-plan dogmatique : celle de Moore et plus tard des oxfordiens, soit encore avec une sorte de nominalisme radical comme chez Ryle. Même diversité quant au terme de l'analyse : Wittgenstein (Tractatus) ne déclare pas que le retour à l'ultime peut être mené à bien, il ne dit pas non plus quels sont les ultimes éléments ; au début, les positivistes logiques s'engagent davantage en les identifiant à des contenus sensibles. Mais, si les uns et les autres veulent que le squelette linguistique de la nouvelle logique fournisse la structure formelle des énoncés ultimes, Moore avant Wittgenstein seconde manière (Investigations) ne s'engage ni sur la nature des éléments ni sur la forme des énoncés. Enfin, l'école d'Oxford ne se lie plus à aucun modèle (pattern) qu'il s'agirait de révéler. Un bref historique s'impose donc afin de découvrir derrière les phases du mouvement les formes de l'analyse.
Après une période préanalytique dominée par le réalisme néo-aristotélicien des deux disciples de Brentano (Meinong et Russell), on voit émerger au début du siècle une ligne de développement en Angleterre puis en Pologne. La théorie des objets de Meinong et la contribution à la philosophie de l'esprit de Twardowski préparent la réaction de Russell. De même que la théorie de l'externalité des relations de celui-ci devait faire échec à l'idéalisme moniste, sa méthode des constructions logiques, sa théorie des descriptions, des fonctions propositionnelles et l'analyse formelle qui en procèdent sont mises au point pour résoudre les difficultés logiques de ce réalisme radical.
En Pologne, la génération de l'école de Lwow-Varsovie s'instruit à la lecture […]
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