2. Critères d'identification
Énumérer quelques mots clés, nommer une méthode, indiquer un domaine, déceler des influences et des origines, ce n'est pas définir cette philosophie analytique. Il est significatif qu'aucun exposé critique, aucune histoire philosophique n'ont été jusqu'ici tentés ; les présentations générales faites par les analystes préfèrent dégager les traits (features) qui décrivent un mouvement plutôt que les caractères qui définissent une école. Certains situent le terme de la philosophie analytique à la crise de l'école de Cambridge en Angleterre, à sa collusion avec le marxisme en Pologne ; d'autres présentent ce que l'on peut appeler l'école d'Oxford comme son héritière. Pour M. Urmson, tous les analystes font cortège à Austin. Pour Russell, il n'y a rien à trouver d'intelligible dans la pratique récente, purement linguistique, dont les doctrines positives sont triviales et les négatives infondées. On évitera donc de conduire l'analyse du mouvement en fonction de l'une ou l'autre de ces lectures. On utilisera la terminologie reçue par la majorité des analystes, en indiquant les articles où l'on trouve l'exposé complet de ce qui est ici traité par allusion, en signalant les analyses qui ont plus ou moins valeur de paradigme.
À défaut de le définir, on peut s'entendre sur trois critères permettant d'identifier ce mouvement. En premier lieu, il se caractérise par une attitude minimaliste à l'égard des problèmes philosophiques. Ses énoncés précis, sur le mode formel, recouvrent rarement les formulations traditionnelles ; ils donnent lieu à des discussions détaillées et limitées de style presque scolastique. Il ne présente pas une doctrine exprimée en un long ouvrage théorique susceptible d'intéresser un grand public, mais de courts essais, ou bien se contente de colloques privés entre collègues. On n'y construit pas de vastes synthèses en utilisant les pouvoirs de l'analogie aux dépens de la simple logique. On propose de réfléchir sur « quelques questions à propo […]
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