Poète, romancier fantaisiste, mémorialiste à trente ans, cofondateur de la revue Littérature, essayiste et traducteur, Philippe Soupault fut le plus violent des dadaïstes et le plus moderne des écrivains d'avant-garde. Son père, médecin, est peut-être le membre le plus ouvert d'une famille étriquée qui ne pense qu'à l'argent, mais il meurt du diabète alors que Philippe n'a que sept ans. Dans Histoire d'un Blanc (1927), Soupault racontera la révolte qu'il ressent dès l'enfance contre la bourgeoisie. Il compte parmi ses oncles Louis Renault, qui introduira en France le taylorisme, les chaînes de production, et qui deviendra un des « patrons de combat » de cette bourgeoisie. Soupault s'inspirera de lui dans Le Grand Homme (1929). Le collège religieux où il fait ses études lui laisse le souvenir d'une prison. À quinze ans, il va en Allemagne, découvre les bords du Rhin, la littérature, le romantisme. Il lit beaucoup. En 1913, il passe ses vacances à Cabourg où il rencontre Proust errant dans les couloirs de l'hôtel ; il laissera de lui un portrait inoubliable. Il est à Londres — dont le souvenir lui fera écrire Westwego (1922), un des de ses plus beaux poèmes — lorsque la guerre éclate, le jour de ses dix-sept ans.
Familier de l'Allemagne et de sa culture, il est dégoûté par cette stupidité de la guerre qui marquera sa génération : « Nous sommes des fils de la guerre », écrira-t-il dans Sang, Joie, Tempête, 1937. Il publie son premier poème en 1917 dans Sic, la revue de Pierre Albert-Birot. La même année, il publie Aquarium, son premier recueil de poèmes. Apollinaire le présente à André Breton dont il deviendra l'ami. Il compose à cette époque de courts poèmes d'une extrême liberté d'allure. Il fonde avec Breton et Aragon la revue Littérature qui deviendra l'organe du dadaïsme. Le titre de la revue est naturellement choisi par dérision. Dès le premier numéro, qui publiait Gide et même Valéry, le nom de Tristan Tzara était mentionné par Aragon. La pratique du scandale était nécessaire à l'œuvre de négatio […]
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