Comme Arthur Cravan, Jacques Vaché a à peine eu le temps de connaître le surréalisme ; sa production littéraire est remarquable par la qualité, mais infime par la quantité, et pourtant il est l'un des personnages clés du mouvement surréaliste. « Vaché, Cravan, deux météores, deux étoiles fixes au ciel du surréalisme », écrit Maurice Nadeau, l'historien du mouvement. C'est que la rencontre de Vaché avec Breton marqua profondément ce dernier. La mort tragique et mystérieuse de Vaché devait le faire entrer de plain-pied dans la légende. En attendant, sa personnalité étrange et forte marqua les hommes qui allaient former le groupe surréaliste.
Né à Nantes, grand, svelte et roux, Vaché affichait une élégance provocante, un esprit destructeur qui était dadaïste avant la lettre. Il rencontre Breton à Nantes en 1916, dans un hôpital où il est soigné pour une blessure au mollet et où Breton est interne. Tout de suite, l'élégance et le comportement de Vaché frappent Breton. Ils se lient d'amitié. Vaché lit beaucoup. Il ne craint pas d'avoir des opinions à contre-courant : s'il admire Jarry, il n'aime pas Apollinaire à qui il reproche de « rafistoler le romantisme avec des fils télégraphiques ».
Mobilisé, Vaché exhibe toutes sortes d'uniformes. Il est nommé interprète de l'armée britannique, mais il n'hésite pas à se promener en tenue de hussard ou de médecin, arborant maintenant, malgré la guerre, son élégance un peu efféminée, à titre de provocation. Le jour de la représentation des Mamelles de Tirésias d'Apollinaire, sanglé dans son uniforme de l'armée britannique, il fait un scandale — un de plus — en gesticulant sur la scène, revolver au poing, et menaçant de tirer sur la foule des spectateurs. Peut-être est-ce en pensant à cette scène que Breton écrira plus de dix années plus tard, dans le Deuxième Manifeste du surréalisme, que « l'acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu'on peut, dans la foule ». Ce rapprochement montre l'influence toute-puissante de Vaché sur le surréalisme.
La correspondance de Vaché avec Breton, Théodore Fraenkel, le médecin des surréalistes, et Aragon reflète l'indépendance d'esprit et la qualité de jugement qu'il avait su garder parmi ses amis. Cette correspondance fut publiée par les soins de Breton (Lettres de guerre, 1919) après la mort de Vaché. Seul témoignage de son bref mais fulgurant passage dans la littérature, ces lettres démontrent une facilité d'expression, une désinvolture et une insolence poussée jusqu'à la provocation. Ses jugements lapidaires, ses hérésies voulues, son comportement spectaculaire et son excentricité vestimentaire font de ce dandy un véritable précurseur de Dada, par le refus destructeur qu'il oppose à l'ensemble de la société des arts et des artistes.
En janvier 1919, il fut trouvé mort dans une chambre d'hôtel, en compagnie d'un de ses amis, à la suite d'une absorption exagérée d'opium.
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