Quels que puissent être le mérite de ses choix ultérieurs et souvent la haute qualité des œuvres qui les ponctuent (ainsi L'Homme approximatif, 1931, de tous les poèmes dus au surréalisme le plus parfait sans doute, par son ampleur, son souffle soutenu, avec ses laisses incantatoires, ses ruptures de rythme, son mouvement de fleuve charriant des mondes, les engloutissant dans ses rapides pour les restituer méconnaissables sur ses eaux calmes, poème épique et cosmogonique qui est aussi la geste d'un individu présent au siècle et à soi-même, en proie à sa pensée, sa sensibilité, ses angoisses), Tzara restera l'inventeur de Dada, entreprise de démolition des arts, de la poésie et de la culture établie, unique aussi loin qu'on remonte la marche des idées, audacieuse tentative d'instauration d'une révolution permanente de l'esprit.
Tout commence à Zurich en février 1916. Élève de philosophie et mathématiques à Bucarest (il est né à Moineş-ti, en Roumanie, le 16 avril 1896), il a quitté son pays l'année précédente. Avec d'autres réfugiés de diverses nationalités (son ami roumain Marcel Janco, Hans Arp, Richard Huel […]
