2. « Le symbole donne à penser »
Au plan d'une anthropologie transcendantale, l'idée de faillibilité représente la figure initiale du « cogito blessé ». La percée qu'effectuent L'homme faillible (1960) et La Symbolique du mal (1963) en direction d'une philosophie herméneutique est liée à la tentative d'introduire, dans le cercle de la réflexion, un long détour par les symboles et les mythes véhiculés par les grandes cultures. Au cogito réflexif qui se caractérise par le triple trait de l'immédiateté, de la transparence et de l'apodicticité, le cogito herméneutique, nécessairement blessé, oppose la médiation, l'opacité des symboles et l'attestation.
Ricœur entre en herméneutique par la porte étroite d'une méditation sur le langage de l'aveu de la faute, qui lui fait découvrir la possibilité, mais aussi la difficulté, d'une interprétation philosophique des symboles de la souillure, du péché et de la culpabilité, puis d'une typologie des grands mythes qui racontent comment le mal est entré en humanité : les mythes cosmologique, tragique, adamique, orphique.
Cette herméneutique a pour centre de gravité le symbole comme expression à double sens. C'est cette conception de l'interprétation que Ricœur met à l'épreuve du structuralisme, en se demandant sous quelles conditions certains éléments de l'analyse structurale peuvent être incorporés dans la philosophie réflexive, quitte à faire subir à celle-ci un remaniement profond. Pareillement, il s'intéresse à la psychanalyse comme discipline herméneutique, à travers laquelle s'opère « une véritable destitution de la problématique du sujet comme conscience » (De l'interprétation. Essai sur Freud, 1965).
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