3. Le chancelier fédéral
Le traité de Prague permet à Bismarck de réorganiser l'Allemagne comme il l'entend. Il sait que Napoléon III attache un grand prix à l'indépendance des États du Sud : aussi se contente-t-il de conclure avec les royaumes de Bavière et de Wurtemberg et les grands-duchés de Bade et de Hesse-Darmstadt des traités d'alliance qui placent leurs armées, en cas de guerre, sous commandement prussien (août-sept. 1866). Le reste de l'Allemagne formera une Confédération de l'Allemagne du Nord (Norddeutscher Bund) sous direction prussienne. Dès les premiers jours de décembre, Bismarck rédige un projet qu'il soumet aux représentants des États devant entrer dans la future Confédération. Devant le Reichstag constituant, il défend ce projet, finalement voté le 16 avril 1867. Le 14 juillet, à Ems, Guillaume Ier nomme Bismarck chancelier de la Confédération (Bundeskanzler), poste qu'il cumule (en fait, mais non en droit) avec celui de ministre-président du royaume de Prusse.
Cette charge va absorber l'activité de Bismarck pendant plus de trois ans : création d'une chancellerie confiée à Delbrück, nomination de secrétaires d'État, préparation du travail parlementaire en vue des sessions annuelles du Reichstag. Mais les vues du chancelier débordent les limites de la seule Confédération. L'unité politique de l'Allemagne est certes inachevée, mais son unité militaire est réalisée par les traités avec les États du Sud. Et, surtout, son unité économique s'exprime dans l'Union douanière, le Zollverein. C'est pour Bismarck un incomparable moyen de pression sur les États récalcitrants, qu'il menace d'exclure de l'Union. Il s'en est déjà servi au début de sa charge, et la décision du 12 octobre 1864 lui a donné entière satisfaction. Sadowa lui permet d'aller plus loin, par un nouveau traité signé le 8 juillet 1867 ; l'organisation de l'Union est calquée sur celle de la Confédération, dont elle met en lumière le caractère provisoire, en attendant la réalisation complète de l'unité. P […]
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