Au sens étroit, la morphologie est la partie de la grammaire qui s'occupe de la formation des mots par adjonction d'affixes à des thèmes. En ce sens, morphologie s'oppose essentiellement à syntaxe, ce dernier champ étant l'étude des rapports entre les éléments de la phrase. Ainsi, l'étude des cas en latin se prête aux deux points de vue : l'un, descriptif, celui des paradigmes des différentes déclinaisons, c'est l'aspect morphologique ; l'autre, syntaxique, qui met en lumière les différents emplois positionnels des formes voulues par les fonctions.
En linguistique, l'étude des unités de première articulation (tout ce qui ne concerne pas le matériau sonore) rend parfois caduques les subdivisions entre morphologie, lexique et syntaxe. Si l'on admet, en effet, que le morphème est la plus petite unité douée de sens et que, d'autre part, son identification n'est possible que dans le contexte où elle apparaît, on se rendra compte de l'intrication où se trouvent les domaines énumérés ci-dessus. Soit, par exemple, le mot « bonté » : il est obtenu par dérivation à partir de l'adjectif « bon » avec l'adjonction du suffixe té. Il peut être commode de poser une procédure générale qui permette de passer de la catégorie adjectivale à la catégorie nominale par adjonction de suffixes ayant le même effet sémantique : mais ce qui autorise à dire que « platitude » est à « plat » dans le même rapport que « bonté » à « bon », c'est que les schémas syntaxiques se répètent de « ce développement est plat / la platitude de ce développement » à « ce vieillard est bon / la bonté de ce vieillard » ; il faudra rendre compte de la nature d'un morphème au moyen de procédures uniformes tendant à donner pour chacun d'eux un contenu lexical, ici « le fait d'être + adjectif. »
Robert SCTRICK
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