L'unité que le sens commun serait enclin à considérer comme fondamentale au niveau de la parole est pour la linguistique la source d'un certain nombre de critiques fécondes : le mot ne correspond, en effet, que très imparfaitement aux éléments mis en jeu dans le discours ; ce sont plutôt nos habitudes graphiques que des raisons vraiment de structure qui sont responsables de l'importance donnée au mot, par ailleurs unité lexicale commode à faire entrer dans un dictionnaire. Mais, même sur ce plan, il n'est pas exclu qu'on rencontre des difficultés à classer comme entités distinctes des homonymes (« air » dans « avoir l'air » est-il le même mot que dans « prendre l'air » ?) ou à regrouper sous une même rubrique des sens suffisamment éloignés pour justifier des clivages profonds (la « mousse végétale » et la « mousse du champagne »).
Ce n'est, d'ailleurs, pas seulement sur le plan du lexique que des précautions méthodologiques sont nécessaires : la morphologie aussi nous indique que les blancs graphiques n'épousent que très rarement les contours d'un signe unique ; et encore la segmentation dépend-elle pour une large part des critères qu'on adopte en synchronie, si bien qu'on […]
