Michel Vinaver occupe une place singulière dans la vie théâtrale française, dont il s'est longtemps tenu éloigné. À l'écart des plateaux, il a élaboré une œuvre majeure et, novatrice, qui a dès 1986 fait l'objet d'une publication complète en et inspiré de grands dramaturges : Roger Planchon, Antoine Vitez, Jacques Lassalle, Alain Françon... Mais il a aussi entretenu durablement une relation ambivalente avec la scène, dans la mesure où il lui a fallu parfois attendre longtemps la création de certaines pièces et où il ne s'est pas toujours reconnu dans leur représentation. Le xxie siècle commençant lui apporte une audience renouvelée, une reconnaissance internationale élargie, en même temps qu'une activité accrue liée à sa réconciliation avec le plateau.
1. « Un art du présent »
Né en 1927 en France de parents russes, Michel Grinberg s'est voulu écrivain dès son jeune âge. Après des études de lettres, la publication chez Gallimard de deux romans, Lataume (1950), et L'Objecteur (1951), sous le nom de Vinaver, emprunté à sa famille maternelle, il commence en 1953 une carrière professionnelle dans la société Gillette, qui le conduit à assumer des fonctions directoriales et lui assure pendant vingt-sept ans une pleine autonomie financière. Une première pièce, Les Coréens (1955), remarquée par Roland Barthes, est montée successivement par Roger Planchon (1956) et Jean-Marie Serreau (1957). Mais le sort réservé aux deux suivantes, Les Huissiers (1957) et Iphigénie Hôtel (1959), qui ne seront mises en scène que tardivement, les responsabilités professionnelles et familiales vont provoquer une décennie de quasi-silence. Une grande période de production – environ vingt années de Par-dessus bord (1969) à L'Émission de télévision (1988) – sera suivie d'une autre décennie de silence, avant le retour à l'écriture que marque King (1998). Mais celle-ci est occupée cette fois par des activités liées à la vie théâtrale : traductions, enseignement universitaire, direction de la collection Répliques pour l'élaboration d […]
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