2. Un « usage nouveau » du théâtre
Dans son premier « Auto-interrogatoire » (1972), il devançait les objections : « L'impulsion de créer est liée à un refus très profond, ou à une incapacité tout à fait fondamentale, de se satisfaire de l'ordre des choses tel qu'il existe, de reconnaître qu'un tel ordre existe. L'art est une recherche d'un „usage nouveau“ dans le sens brechtien. » Et, dans une récente réponse à une éventuelle « dénonciation » dans les pièces consacrées au « monde du travail », il expliquait : « C'est plutôt une exploration, mais qui débouche, tout naturellement sur la mise au jour du système économique qui est celui du capitalisme, de l'injustice et de la cruauté qui sont inscrites dans son mode de fonctionnement. » Une seule fois, Michel Vinaver a publié, avec La Visite du chancelier autrichien en Suisse (2000), un texte où il expliquait son impossibilité, en tant que juif, de répondre à une invitation en Suisse après l'accueil réservé à Wolfgang Schüssel, venu au pouvoir grâce à une alliance avec le parti populiste et xénophobe de Jörg Haider. Mais il rapprochait cette prise de position du comportement du protagoniste dans son second roman, L'Objecteur : un comportement de réfractaire, à distinguer de celui du rebelle, inspiré de sa propre expérience de jeune engagé volontaire dans l'armée.
Est-ce l'identification à cette figure de l'« objecteur » qui a incité Michel Vinaver à adapter son roman pour le théâtre ? Mais il faut remarquer qu'à l'action, située en 1950, il a ajouté « la préparation du spectacle et sa représentation cinquante ans plus tard ». Pour la première fois il s'est inspiré de sa connaissance du monde théâtral, de son discours critique sur la mise en scène comme « mise en trop ». Il se livre aussi à une satire qui n'exclut ni la complicité du témoin privilégié, ni l'humour de l'autoportrait. Il imagine un auteur susceptible, réputé pour exercer son droit moral par constat d'huissier et pour exiger le respect des indications scéniques. Mais en […]
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