C'est à Saint-Étienne, sa ville natale, qu'Alain Françon s'initie au théâtre dans les années 1960. Élevé par ses grands-parents, tenanciers de bistrot dans un quartier minier, il suit d'abord des études d'histoire de l'art, avant de constituer un groupe de théâtre dépendant de la Comédie de Saint-Étienne. Jean Dasté en est alors le directeur. Il donne sa chance à Françon, faisant figurer ses mises en scène au programme du théâtre. La jeune troupe se tourne vers un répertoire contemporain, qualifié alors d'avant-gardiste, et qui comprend les auteurs du théâtre de l'absurde, Beckett, Ionesco, Pinget, ou Arrabal.
En 1971, Françon fonde le Théâtre Éclaté, installé à Annecy, avec les comédiens André Marcon, Evelyne Didi et Christiane Cohendy. La compagnie pratique un théâtre militant, d'intervention, fonctionnant sans metteur en scène, sur le mode de la création et de l'écriture collectives. L'actualité politique (un premier spectacle sur le procès de Burgos en 1972) ou sociale constitue son matériau, sans véritable souci de la forme. Rapidement, pourtant, la troupe aborde les textes et le théâtre d'auteurs (L'Exception et la règle de Brecht, 1972 ; Soldats de Carlos Reyes, 1973 ; La Journée d'une infirmière d'Armand Gatti, 1973 ; Le Jour de la dominante de René Escudié, 1974). Alain Françon en vient à assumer le rôle de metteur en scène.
La rencontre avec Michel Vinaver sera déterminante. Celui-ci écrit Les Travaux et les jours pour le Théâtre Éclaté en 1979. Suivront L'Ordinaire en 1983 et Les Voisins en 1986, pièce en forme de jeu choral, faussement « quotidienne », où la trame du dialogue seule contient toute la progression dramatique.
C'est vers l'écriture contemporaine que se dirige alors Françon en priorité : Enzo Cormann (Noises, 1984 ; Palais Mascotte, 1988), Marie Redonnet (Tir et Lir, 1988 ; Mobie Diq, 1989), Roger Planchon (La Remise, 1993). Mais il se penche aussi sur le tournant de la période 1900, explorant aussi bien le drame d'Ibsen (une mise en scène étouffante d'Hedda Gabler en 1988 ; Le Canar […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



