On pouvait rencontrer, un jour, une heure, Jean-Marie Serreau dans une galerie du musée du Louvre, notant, regardant, écoutant. Si sa rencontre avec Brecht fut si importante et l'a amené le premier à faire connaître l'auteur en France, il est demeuré aussi l'un des metteurs en scène obstinément vivants du jeune théâtre. Ce théâtre, poursuivi et inachevé, mais qui donne parfois les œuvres les plus fortes, situées aux carrefours essentiels du développement dramatique actuel ! Serreau s'est intéressé au théâtre noir et africain, et le parallèle avec l'œuvre et le cheminement personnel de Roger Blin s'impose. Il a pu demeurer le metteur en scène de Ionesco et devenir celui de Kateb Yacine
et d'Aimé Césaire, sachant travailler en profondeur avec des comédiens aussi différents par leur origine que par leur formation. Il monte Brecht, Adamov, Kafka, puis dirige le théâtre de Babylone en 1952 où sont créés par d'autres En attendant Godot de Beckett et Comment s'en débarrasser d'Eugène Ionesco. Il anime le théâtre de Lutèce de 1951 à 1961, et crée la première pièce d'Arrabal et Biedermann de Max Frisch. Comme pour Le Roi Christophe d'Aimé Césaire, il s'agit pour Serreau d'ajouter à la leçon de Brecht le tranchant de l'ironie. En 1970, il fonde le Théâtre de la Tempête, avec lequel il créera en 1973 une pièce d'un poète breton, Paol Keineg. La Comédie-Française l'avait invité entre-temps à monter L'Otage et Le Pain dur de Claudel ainsi que La Soif et la faim de Ionesco. La mort le frappe alors, dans une intense période de création.
Photographie
La Femme sauvage, de K. Yacine, mise en scène de J.-M. Serreau Edwine Moatti dans «La Femme sauvage» de Kateb Yacine. Mise en scène de Jean-Marie Serreau. Théâtre Récamier, Paris, 1961.
Crédits: Lipnitzki/ Roger-Viollet/ Getty Consulter
Armel MARIN
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