3. Le sculpteur : projets et réalisations
L'un des aspects les plus intéressants de l'art de Michel-Ange sculpteur est sa façon de procéder, extrêmement révélatrice, bien qu'elle ne laisse pas de poser des problèmes d'interprétation. Pour Michel-Ange, la sculpture digne de ce nom est celle qu'on obtient per via di levare (par la taille) où le sculpteur se heurte à la résistance de la pierre et doit faire appel à son « jugement », puisqu'il ne peut corriger ses erreurs. L'art de la sculpture commence pour lui, dès la carrière, par le choix du marbre ; ceux qu'il a employés pour ses figures, bien loin de reprendre la blancheur abstraite de certaines œuvres antiques qu'il avait pu voir, ont une teinte ivoire ou ambrée qui évoque la chair. Après s'être « approprié » le bloc en l'épannelant à la masse, il trace au charbon sur les faces les profils les plus apparents. La figure est alors dégagée, en partant de la vue frontale et en progressant en profondeur comme pour un relief, le long de lignes pointillées au foret, avec le ciseau pointu (subbia) percuté par le marteau, puis modelée grâce au ciseau denté, la gradine. Des ciseaux plats, des limes, puis des tampons de paille permettent de la polir. Mais l'originalité de Michel-Ange réside surtout dans la manière spontanée et intuitive dont il avance son travail. Dans les Esclaves inachevés conservés à l'Académie de Florence, les torses sont déjà très élaborés, comme si l'artiste avait voulu leur permettre de respirer, tandis que les membres ou la tête sont encore prisonniers ou à peine dégrossis. Michel-Ange exécute en premier lieu les parties du corps qu'il visualise le plus précisément et semble attendre que, par un effet interactif, elles lui suggèrent une solution pour les parties laissées en sommeil dans le bloc. Le travail de taille est préparé chez lui par des esquisses dessinées, des études précises de parties du corps, où le réseau des hachures simule les changements de plan, des ébauches sommaires en terre modelée (le petit bozzetto […]
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